« Les Enfants d’Ibn Khaldoûn et Chroniques sarrasines » de Jacques Boireau

Heureuse initiative des éditions PRNG : la réédition de deux textes de Jacques Boireau, auteur injustement méconnu. Le présent opus se présente comme un puzzle de pièces détachées dessinant le visage d’une uchronie où – pour le plus grand bonheur de l’Occitanie – la bataille de Poitiers n’aurait pas tourné à la défaveur des Arabes.

Le premier récit est construit par une série de discours, sans aucun narrateur externe : les explications d’un certain Noureddine à un ami à propos de son mythique frère Djamal, poète et physicien de haut vol ; la déclaration à la police des frontières d’un migrant, Gérard, cherchant dans la prospère Occitanie le travail et le bien-être qu’il ne trouve pas dans la très polluée et très misérable Francie ; les débats parfois houleux de la maison commune, organe principal de la démocratie participative en Occitanie  ; les confidences d’une amoureuse à sa sœur etc.

Le deuxième texte suit le trajet d’un train de bois et de ses convoyeurs au fil de la Loire et des saisons, été, automne, hiver deux fois, mais le printemps ne viendra pas. Si le narrateur prend la parole, il la laisse vite à un conteur du groupe. On ne peut que saluer la force démonstrative d’une uchronie renversant complètement les rapports de force et les idéologies à l’œuvre de nos jours. Il est intéressant aussi d’y retrouver l’esprit disons « de gauche » pour simplifier, humaniste, écologiste, anti-raciste, féministe, un peu utopiste, de la SF française de cette époque (1976), même si ces idéaux peuvent paraître naïfs aux uns et donner de l’eczéma aux autres.

De plus, elle rappelle que les civilisations du sud ont été en général, passé le moment de la conquête, bien plus ouvertes, brillantes, tolérantes et civilisatrices que celles du Nord. Voir notre analyse de la Chanson d’Arbonne dans le PdE97. D’ailleurs l’auteur évite le piège du manichéisme. Si sa Francie n’a vraiment rien pour elle – même immigrés, les Franciens arrivent à se montrer étroits d’esprit, machistes et xénophobes – son Occitanie n’est pas à l’abri de tensions internes qui vont du voisinage conflictuel aux prémices d’une crise économique due à la rivalité de pays émergeants  : la Bretagne, grande et petite, et les empires aztèque et inca ! Un texte donc sympathique et intéressant pour qui s’intéresse aux idées et n’exige pas dans un récit un enchaînement de péripéties palpitantes et inattendues, qu’il ne trouvera certes pas ici.

Chronique de Marthe ‘1379’ Machorowski

Nous en pensons

Notre avis

3.6

On ne peut que saluer la force démonstrative d’une uchronie renversant complètement les rapports de force et les idéologies à l’œuvre de nos jours. Il est intéressant aussi d’y retrouver l’esprit disons « de gauche » pour simplifier, humaniste, écologiste, anti-raciste, féministe, un peu utopiste, de la SF française de cette époque (1976), même si ces idéaux peuvent paraître naïfs aux uns et donner de l’eczéma aux autres. Un texte donc sympathique et intéressant pour qui s’intéresse aux idées et n’exige pas dans un récit un enchaînement de péripéties palpitantes et inattendues, qu’il ne trouvera certes pas ici.

User Rating: Be the first one !

A propos de Christian

Avatar
L'homme dans la cale, le grand coordinateur, l'homme de l'ombre, le chef d'orchestre, l'inébranlable, l'infatigable, le pilier. Tant d'adjectifs qui se bousculent pour esquisser le portrait de celui dont on retrouve la patte partout au Club. Accessoirement, le maître incontesté du barbecue d'agneau :)

Consulter aussi...

« Le Coffret des abîmes » de Francis Stevens

J’ai déjà plusieurs fois indiqué, dans le magazine PdE, combien il était malheureux que Francis …

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.