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Votes pour le match d’écriture des Imaginales 2017 : « Et ils pompaient… pompaient… »

Je me départis totalement du choix de ce thème ! On m’a forcé ! En minorité, j’ai du m’incliner et laisser faire. Mais qu’on ce que peut bien écrire sur ce thème…

  • La cérémonie
  • Pentacle et Plomberie
  • Le soleil, la mer, le vent
  • Un sac de bile
  • Un froid fort nécessaire
Contrainte 1
Un être humain normal
Contrainte 2
L’action ne dure que 5 minutes

LA CEREMONIE

Sur les gratte-ciels ou à leurs fenêtres, voire bravant l’éternelle pluie battante sur les grandes plates-formes et passerelles reliant les buildings entre eux, l’immensité de la foule survivante de l’immense ville de Lluvia attendait avidement que la cérémonie démarre.

La survie de Lluvia, leur survie, en dépendait. L’Empereur, Seigneur des Machines et des Âmes, l’avait dit : seuls des volontaires au sacrifice, des volontaires forts et courageux, pourraient activer et faire fonctionner les pompes qui sauveront la ville de ce déluge, de ce trop-plein d’eau qui s’accumulait encore et toujours. Déjà les faubourgs les plus bas étaient complètement noyés, toutes les rues et avenues entre les immenses gratte-ciels n’étaient que des fleuves en furie.

Qu’ils puissent donc pomper et pomper pour l’éternité ou presque, qu’ils deviennent la force de la machine qui enverrait toute cette eau de l’autre côté des montagnes, chez les païens, les ennemis, pour les noyer plutôt que les citoyens de Lluvia et de l’Empire.

Une immense clameur se répandit dans la ville quand l’autogyre aux armes impériales se posa sur la grande plate-forme au centre de la cité, là étaient installées les roues actionnant les pompes, au beau milieu du lac sans fond qu’était devenu la Grande Place de la Victoire.

Descendant de leur véhicule, les Héros de la ville entrèrent en scène. Acclamés les uns après les autres, ogres, troll, nains aux muscles cybernétiques, ou androïdes miniers volontaires, n’entendaient que peu les hurlements de la foule sous le grondement des eaux, mais ils étaient fiers.

Vint le dernier. Un homme, simplement un homme. Même pas trop musclé, vêtu d’un simple pantalon, il ne payait pas de mine. Trempé, il n’avait pourtant pas froid, n’entendait pas les huées et les moqueries. C’est vrai, il ne semblait ni fort, ni endurant, il ne servirait à rien, mais il avait été volontaire et la Cité en avait besoin. Et puis, les humains ne vénéraient pas assez l’Empereur, n’est-ce pas ? Ce déluge était de leur faute ! A défaut de pouvoir faire mieux, la foule se vengeait sur lui. Aux quolibets se joignirent divers projectiles, lancés de bien trop loin pour pouvoir même approcher la plate-forme, mais la foule se déchaîna quand même.

L’Homme n’eut qu’une minute de ce traitement, mais il aurait pu en endurer une heure.

Le technoprêtre – un immense sang-mêlé aux origines diverses – ouvrit les vannes et commença son homélie, mais la première minute fut noyée par la pluie qui redoubla de puissance, comme si les éléments comprenaient qu’on allait saboter leur travail.

Venu de loin dans les montagnes, un écho de fracas, tout en roulements et grondements sourds, atteint alors la ville. Encore un barrage qui lâchait, encore une vague d’eau qui allait engloutir un peu plus Lluvia et faire tomber d’autres bâtiments déjà bien fragilisés. Déjà, une première lame de fond fit vaciller un building éloigné. Tant s’étaient déjà effondrés… Et d’autres n’allaient pas manquer de les rejoindre dans les abysses.

Le technoprêtre reçu un message pas son implant neural. Il grimaça d’inquiétude, et fit signe à son acolyte d’accélérer le mouvement. Il fallait absolument que les machines soient lancées dans trois minutes tout au plus, que le niveau de l’eau ait déjà pu baisser un tout petit peu, sinon la vague relâchée par le barrage allait les balayer pour de bon.

Regroupés par paire autour d’immenses roues de cuivre, aux reflets verts d’oxydation sous la pluie ruisselante, les héros se mirent à tirer et pousser pour les débloquer.

Sous les quolibets de ses collègues, l’humain s’y mit lui aussi.

La première impulsion fut très dure, le métal, la machine résistant face aux efforts. Mais alors que le prêtre et son acolyte incantaient en chantant des louanges à l’Empereur – en version raccourcie, ils n’avaient pas le temps de faire plus – les roues grincèrent et se débloquèrent, alors que la magie, doucement d’abord, puis plus fermement s’ensuite, s’emparait des Héros, des Sacrifiés.

Alors qu’ils continuaient à tourner les roues, lançant ainsi la machinerie des pompes, ils hurlèrent. Leurs âmes résistaient malgré tout, mais elles leurs furent arrachées les unes après les autres, pour servir de carburant à la machine alors que leurs corps, déjà devenus des zombis, des automates, qui poussaient les roues, et pompaient encore et encore.

Seul l’humain résistait. Il était venu ici pour saboter le travail, et comptait résister jusqu’au bout. Hors de question que l’Empereur et ses machines aient son âme ! Non, ils ne la méritaient pas, et si tous les peuples avaient ouvert les yeux au lieu de rester dans leur béatitude aveugle envers l’inhumain seigneur de ce monde, ils auraient compris qu’il suffisait de laisser Lluvia (et l’Empereur) se noyer et d’émigrer sur d’autres terres, de l’autre côté des montagnes, celles sur lequelles ils préféraient envoyer leur trop-plein.

Un tremblement secoua la plate-forme, et le prêtre, qui continuait à chanter, comprit qu’il y avait un problème. La machinerie grippait. Il vit que l’humain résistait. Il n’était pas encore un zombie, son âme se débattait.

Il fit un signe à son acolyte.

Celui-ci hocha la tête. Il s’approcha de l’homme – qui, trop concentré sur sa lutte éperdue, ne le vit pas arriver – et le frappa violemment sur la tête.

Le choc fut tout ce qu’il manquait pour que le rituel raffermisse son emprise sur l’âme du rebelle. Celui-ci hurla, se débattit… avant que son corps ne continue à pousser, pousser, et activer les pompes, qui acceptèrent l’énergie avec gratitude l’énergie apportée par son âme.

Le Technoprêtre regarda sa montre. Un peu moins de cinq minutes depuis que le premier sacrifié avait posé le pied sur la plate-forme.

Il ne lui restait plus qu’à sauter dans l’autogyre avant que la nouvelle vague ne déboule et ne l’emporte.

L’Empereur serait satisfait.

Contrainte 1Un clone en cavale d’une célébrité
Contrainte 2La chapelle d’un couvent

PENTACLE ET PLOMBERIE

– Mais puisque je vous dis que je ne suis pas le vrai Alester Crowley ! s’exclama Jaime pour la dixième fois depuis l’aube.

Autour de lui, ignorant ses protestations, les membres de la secte continuèrent leurs marmonnements incompréhensibles. Jaime se prit la tête entre les mains. Comment pouvait-il les convaincre ? Il n’allait quand même pas appeler la Guardia Civil pour qu’un quelconque sergent vienne l’arrêter, et prouve dans le temps à ces fanatiques obtus que non, malgré la ressemblance physique indéniable, et son costume outrageusement bien coupé, il n’était pas Alester Crowley, célèbre occultiste mort depuis plus d’un siècle, mais le beaucoup plus humble, et beaucoup moins puissant Jaime Olvida, ex caissier dans l’une des principales banques de Madrid, falsificateur de registres, et cambrioleur à ses moments perdus… Certes, il avait incarné Alester dans un vague téléfilm de série B, quelques années plus tôt, mais ça ne faisait pas de lui un mystique. Hijo de puta, il n’avait même pas l’accent anglais… !

L’un des sectateurs approcha de lui tête baissée, le visage recueilli sous son capuchon de moine noir – ils n’avaient pas vraiment le mérite de l’originalité, dans le choix de leur costume.

– Maître, murmura l’apôtre, la chapelle sera bientôt prête. Le rituel va pouvoir commencer. Vous allez officier, et enfin ramener vers nous celui qui attend au-delà du seuil…

Il s’inclina avec une vénération qui aurait paru plus sincère, si Jaime n’avait pas été menotté à l’une des statues de saint sans tête, dans le cloître envahi de ronces de cette abbaye perdue au fin fond des Asturies. Cloître où il avait été traîné de force à l’aube, dans la lueur rose mêlée de brume pâle d’un des premiers jours du printemps.

Les sectateurs l’avaient enlevé l’avant-veille dans son sommeil, et dans le squat pouilleux où il se terrait depuis son évasion. Ils l’avaient nourri, lavé, rasé, habillé – d’un élégant complet veston. Ce dernier point, au moins, constituait une amélioration par rapport à son jean décati et son vieux tee-shirt trop grand. Mais c’était bien le seul avantage de sa présente situation. Ensuite ses ravisseurs l’avaient trimballé dans une camionnette brinquebalante dans cette abbaye en ruine, tout droit sortie d’un roman de Walpole. A ce que Jaime avait compris de leur délire, ils voyaient en lui la réincarnation de l’occultiste Crowley, et ils comptaient sur son aide pour Dieu sait quelle cérémonie délirante…

Jaime ne s’était jamais considéré comme quelqu’un de religieux, mais il avait hérité malgré lui de sa grand-mère un vieux fond de superstition, une crainte mal refoulée des démons et du Diable, qui lui était revenue en force depuis qu’il avait posé le pied dans l’abbaye.

La chapelle, surtout, lui inspirait une répulsion particulière. Il n’y était pas encore entré – ou plutôt, on ne l’avait pas encore traîné à l’intérieur. Cependant, sa porte donnait directement sur le cloître, et Jaime ne parvenait pas à ne serait-ce que tourner la tête dans sa direction sans que les deux battants de bois pâlis par les siècles ne provoquent chez lui des frissons glacés.

Il faisait chaud pourtant. L’après-midi s’avançait, un soleil implacable écrasait les Asturies, et même à l’ombre du Saint étêté, Jaime suait sous son costume. Sa vessie, aussi, se rappelait à son bon souvenir. Il essaya de toucher un mot à ce sujet à ses gardes, mais bien sûr ceux-ci l’ignorèrent. Plus le temps passait, et plus Jaime se retrouvait tiraillé entre des sentiments contradictoires. Il n’avait aucune envie de pénétrer dans la chapelle, et en même temps il avait hâte que, d’une façon ou d’une autre, cette mascarade prenne fin.

La porte de la chapelle s’entrebâilla dans un grincement sinistre, et Jaime sursauta, faisant cliqueter ses menottes, alors qu’un des moines noirs passait sa tête par l’embrasure.

– Euh… On aurait plus de pompes ? demanda le moine d’un ton confus.

– Non, grogna celui qui semblait être le chef, et qui était resté dans le jardin pour tenir compagnie à Jaime. On n’a pas plus de pompes. Débrouillez-vous avec votre matériel. La chapelle est bientôt prête, oui ou merde ?

Il appuya ces mots d’un regard noir. Le moinillon baissa la tête, rentra à l’intérieur et referma précipitamment derrière lui. Jaime se demanda vaguement ce qui clochait, mais, pour être honnête, comme il n’avait aucune idée de ce qui devait se dérouler à la base, ce questionnement s’avérait un peu vain.

Le chef des sectateurs, sans doute pour se détendre, alluma une cigarette. Il s’assit lourdement sur un banc de pierre près de Jaime, souffla sa fumée vers le jardin de ronces, et raconta, sur le ton de la conversation :

– C’était un couvent de femmes, ici, autrefois. Des nonnes dont beaucoup étaient très jeunes, issues de familles pieuses des environs. On disait qu’elles étaient belles comme le jour, et que quand elles chantaient les louanges du seigneur les oiseaux alentour se taisaient pour les écouter. Puis l’une d’elle fauta avec un nobliau local, un chasseur impénitent qui, selon la légende, aurait conclu un pacte avec le Diable, pour franchir chaque nuit les murs du couvent.

A ce moment, à nouveau la porte de la chapelle s’entrouvrit. A nouveau un séide hésitant s’adressa timidement au chef de secte :

– Euh, si vous voulez vraiment tracer un pentacle avant la nuit, il nous faudrait du renfort, là. Pour pomper.

D’un geste irrité, le chef désigna les quatre sectateurs qui bâillaient aux corneilles dans le cloître parmi les ronces.

– Allez les aider, qu’est-ce que vous attendez ? Je suis bien capable de garder Alester sans vous !

– Je m’appelle Jaime Olvida, et je suis caissier à… protesta Jaime par acquis de conscience.

Sans protester, de leur côté, les quatre sectateurs s’engouffrèrent dans la chapelle.

Resté seul dehors avec Jaime, le chef de la secte tira deux bouffées exaspérées de sa cigarette, avant de poursuivre son histoire :

– Bon, toujours est-il que la gamine tomba enceinte, et les autres Sœurs eurent beau s’acharner sur elle, elles ne parvinrent pas à faire passer l’enfant. Alors elles murmurèrent que celui qui allait naître était le fils du Diable.

A ce stade du récit, le chef de la secte croisa les jambes sous sa bure, s’appuya contre une colonne du cloître derrière lui, et se tourna vers Jaime pour reprendre sur un ton plus mondain :

– Bien sûr, nous savons vous et moi, mon cher Alester, que le Diable est un grossier concept chrétien, et que le mot désignait, bien plus probablement, l’un de ces êtres qui attendent au-delà du seuil. Ceux avec qui vous avez déjà communiqué par le passé, cher maître. Eux.

Cette fois, Jaime renonça à rétablir sa véritable identité. S’il mettait ses ravisseurs en confiance, peut-être réussirait-il à se tirer de leurs griffes sans encombre. Après tout, ils paraissaient plus fêlés que méchants… Jaime entra donc dans le jeu de leur chef, demanda :

– Et cet enfant, quand il est né… ?

– Ah, voilà le point intéressant, se rengorgea le sectateur. D’après les chroniques de l’époque, cet enfant n’est jamais venu un monde. Simplement, un jour, le ventre de sa mère s’est retrouvé vide, et elle a juré par la suite devant tous les tribunaux, et devant le conseil de sa famille, que ses Sœurs n’avaient pas tué le nourrisson. Elle a dit… elle a assuré que son fils vivait toujours, que son autre mère l’avait aspiré hors de ce monde, un peu à la manière des oiseaux psychopompes qui absorbent l’âme des morts, et l’amènent ailleurs avec eux.

Jaime se raidit. Les yeux du sectateur luisaient d’un éclat inquiétant, il se passionnait un peu trop pour cette histoire.

– Imaginez, s’enflamma le fanatique… Ce garçon est né ici il y a près d’un siècle, et l’abbaye a été abandonnée suite à cette histoire. Imaginez  que cet enfant n’ait jamais quitté ces murs… La puissance qu’il doit avoir aujourd’hui…

– Donc vous voulez que je trace un pentacle sur le sol de la chapelle pour qu’il… revienne dans notre monde ? interrogea Jaime, pour s’assurer qu’il avait compris.

– C’est tout à fait ça. Nous avons juste… un minuscule souci technique…– ici le sectateur se racla la gorge – la plomberie de ces ruines, personne n’y a touché depuis près d’un siècle, aussi, et… enfin bref, nous avons un dégât des eaux dans la chapelle, de la boue qui se répand sur le sol, mais nous pompons, nous pompons…

– Chef ! appela un moine depuis la porte.

– Quoi encore ?

– Chef, vous devriez vraiment venir voir. C’est de pire en pire… le sol…

Le moinillon était blafard. Son chef jura, jeta sa cigarette et l’écrasa sous son talon. Puis il ouvrit les menottes de Jaime, et, le tenant fermement par l’épaule, ouvrit en grand la porte aux battants de bois pâlis.

En apercevant l’intérieur de la chapelle, Jaime ne put retenir un cri. Dans le jour qui entrait par les vitraux défoncés, l’édifice offrait un spectacle dantesque. Des hommes en bure noires courraient en tous sens, un liquide poisseux leur montant jusqu’aux chevilles. D’autres s’étaient immobilisés, tétanisés, près des pompes abandonnées qui avaient roulées contre les murs. Car le sol de la chapelle se gonflait, il se bombait sous les pavés humides et gluants  comme un ventre de femme enceinte. L’endroit tout entier dégageait une odeur de musc et de sueur moite si âcre, si pénétrante, que Jaime s’étonna, tout au fond de son cerveau, dans le peu qui lui restait de pensée consciente, de ne pas l’avoir sentie depuis le jardin.

Le chef de la secte l’avait lâché, pourtant Jaime n’essayait pas de s’enfuir. Tous ses poils se hérissaient mais quelque chose de plus fort que la peur, plus fort que l’instinct de survie, le retenait cloué sur le seuil de la chapelle. La certitude quasi animale d’assister à un spectacle inouï.

Le sol distendu s’ouvrit en plein milieu de la chapelle avec un soupir inhumain, et de cet utérus de pierre s’extirpa une créature difforme, hideuse, une sorte de bouc poilu vaguement humanoïde, dont la tête touchait presque le plafond de la chapelle, et dont la fourrure était collée au corps par les sécrétions gluantes des pavés démolis. Cette apparition, qui masquait presque entièrement la lumière du jour, cligna des paupières et vagit comme un nourrisson titanesque. Il avança d’un pas hésitant, qui fit trembler le sol, et écrasa quelques sectateurs au passage. Sa tête grotesque dodelina à droite, puis à gauche. Enfin son regard se fixa sur Jaime, et il glapit :

– Papa !

A cet instant la vessie de Jaime lâcha. Il inonda d’urine le pantalon de son beau costume, tandis que son fils adoptif accourrait pour le broyer dans ses bras.

Contrainte 1Un compte vie(s)

LE SOLEIL, LA MER, LE VENT

Donc voici la frontière. Une paroi de verre, tout ce qu’il y a de plus banal. Une paroi de verre à travers laquelle tu peux voir le soleil briller, le ciel bleu, la mer scintiller. Et ce paysage serait dangereux,  tellement pollué qu’il te brûlerait les poumons, qu’il t ‘as-phy-xie-rait ? Comment est-ce possible ? Tant de beauté mortelle ? Mes grands-parents jouaient au bord de l’eau avant le Renouveau, ils se baignaient même dans cette mer. Oh, ça n’a pas duré longtemps, il a vite fallu se protéger sous cette bulle stérile sans air, sans maladies, sans vie. Les humains ont dû s’adapter très vite pour survivre. Maintenant, nous voyons à travers une paroi de verre ce que nous avons gâché, ce que nous n’avons pas su protéger. Je n’ai pas connu ce Monde ancien, j’aimerais, mais ce qu’on en dit fait peur, ce que les professeurs en disent fait peur. C’est la mort qui nous attend si nous franchissons les frontières. J’aimerais sentir la sensation de l’eau sur mon corps, le vent dans mes cheveux, le soleil sur mon visage, mais je ne suis pas censée connaître ces mots, ils sont bannis ou plutôt artificiels, car je peux les ressentir mais avec une lampe à ultra-violets, avec un sèche-cheveux ou dans ma baignoire. Mes grands-parents m’ont appris ces mots à voix basse dans l’obscurité, le soir avant de m’endormir. Ils ne voulaient pas les oublier, ni ces mots ni les sensations qui vont avec : vent, soleil, mer, neige, pluie, lumière, couche d’ozone. Ils souhaitaient tellement s’en souvenir qu’ils ont cramé tout leur compte-vie en retournant au bord de la mer. Ils ne voulaient plus vivre dans cette bulle stérile. J’étais triste, mais je les admire aussi, bien qu’ils aient enfreint les règles. On ne peut pas sortir, c’est interdit, c’est dangereux, sauf dans des cas particuliers que je n’ai pas encore bien assimilés. Moi, j’aime bien cette bulle stérile, c’est plutôt cool ; je ne suis jamais malade, on ne manque de rien. Mais c’est vrai que c’est beau Dehors.

Pour l’instant je n’ai pas envie de sortir, je reste Dedans. Quand on est grand on a le droit de sortir de temps en temps pour découvrir. Mais dans un périmètre et pour un temps limité et avec du matériel spécial parce qu’lls sont là, à rôder, à vouloir vous pomper votre énergie. « Ils pompent l’air ceux-là », s’esclaffait ma grand-mère. On ne sait pas trop qui Ils sont mais il faut faire attention à Eux car Ils pompent et votre compte-vie en prend un coup. On ne sait pas trop à quoi ça leur sert, pour l’instant « nous n’avons pas assez de recul », comme disent les professeurs. C’est une bulle d’ingionésité, d’ingionité, d’in-gé-nio-sité ce Dedans, ils disent aussi. Mes grands-parents me répétaient, à voix basse dans l’obscurité le soir avant de m’endormir que les ingénieurs avaient tout « pompé » sur le Dehors, la Nature qu’ils l’appelaient. La Nature… « Dans le Dedans, la nature est artificielle » gloussait ma grand-mère contente de sa blague. « La nature artificielle, on aura tout vu », riait mon grand-père. Puis ils devenaient graves, d’un coup. Quelque temps après, ils partaient en excursion retrouver les paysages de leur enfance et cramé leur compte-vie. Moi, mon compte-vie est intact, il atteint 110 %. On obtient des bonus quand on a fait une bonne action par exemple. Il ne baisse que si on va Dehors finalement. Et c’est interdit. Pour y aller il faut avoir une autorisation spéciale ou avoir été condamné à d’atroces souffrances. Les délinquants, par exemple, sont condamnés à sortir pour une durée variable et leur compte-vie revient bien amoché surtout si Ils les ont attrapés. Souvent, ils ne reviennent pas en vérité. S’ils reviennent et s’ils font une bonne action, ils peuvent récupérer quelques pourcents, à la rigueur. Mais c’est mal vu.

Si, d’autres gens peuvent sortir aussi : une règle a été instaurée après le Renouveau, au bout d’un certain nombre d’années, on oblige les gens à sortir Dehors sans matériel spécial jusqu’à temps que leur compte-vie se vide. Pour faire de la place. Mes grands-parents n’avaient pas atteint la date mais ils sont sortis quand même sans autorisation. Les agents du Renouveau ont toléré que des personnes de l’Ancien Temps ne respectent pas les règles, mais c’est mal vu. Enfreindre les règles c’est mal vu. Même si elles sont absurdes.

Bref, je suis devant la paroi à la frontière et je regarde la mer dans laquelle mes grands-parents sont peut-être restés. J’étais curieuse de voir la mer. Le Dehors n’a pas l’air si terrible quand on s’en approche. Le soleil, la mer, le vent ; je dirais même plus, le mistral, la tramontane… je me souviens de ces mots, que j’entendais à voix basse, dans l’obscurité, le soir avant de m’endormir, je m’en souviens sans connaître véritablement la sensation qu’ils procurent. Mais maintenant je peux mettre un paysage sur un mot. Voici comment est le soleil, voici comment est la mer, voici le ciel, voici les nuages et le vent qui les pousse. Voici l’air invisible et inodore mais qui fut vital à une époque. Voici une paroi de verre qui nous sépare de ce Monde ancien dont personne ne se souviendra bientôt plus.

Le soleil, la mer, le vent. Le soleil, la mer, le vent….

Contrainte 1Au crépuscule
Contrainte 2Un sac de billes

UN SAC DE BILE

Je retrouve Samuald à l’entrée de la manufacture. Je jette un dernier coup d’œil aux collines de la vallée, illuminées par le soleil tapant du début d’après-midi. Notre seconde journée de travail peut commencer. Mon dos émet déjà ses premiers râles de protestation.

– Ca va p’tite ? T’as une sale mine.

J’essuie d’un revers de main la poussière qui recouvre ma peau jusqu’aux épaules. Mais à regarder les rides profondes qui marquent le visage de mon ami et la grosse balafre qui ferme son œil droit, je me dis que je ne suis pas la plus à plaindre ici.

– J’reviens de la salle du trône. Quatre heures d’époussetage du tapis royal.

Il me répond d’un grognement et crache au sol un glaviot presque aussi noir que la terre.

– Allez, viens gamine. Faut pas traîner, tu connais l’contremaître.

Nous entrons sans un mot dans la manufacture. La grande cuve ronde en cuivre trône au milieu de l’immense hangar, et les premiers ouvriers ont déjà pris leurs places à leurs postes de travail. Les poings vissés autour de leurs leviers, muscles bandés, ils pompent, ils pompent sans relâche. Quatre étages de pompeurs, au moins deux cents en tout.

Le contremaître poinçonne ma carte de travail hebdomadaire et celle de Samuald, puis nous gratifie d’un doigt agacé sur sa montre à la vitre fendue en deux. Je lui adresse un regard noir en retour.

– Te tracasse pas avec ça, Lou. Tant que le poinçon il y est, tu l’auras ta ration de gruau pour la semaine prochaine.

Mécaniquement, je touche mon ventre encore gonflé. C’est que j’ai un bébé à nourrir, à présent. Mes seins aussi sont gonflés de lait, mais pas assez pour que je le nourrisse comme je voudrais. Ma mère s’occupe de lui, cassée qu’elle est par trente ans de travail au palais royal. Elle coupe le lait avec de l’eau, ça lui donne l’illusion d’en boire plus, à mon petit.

Avec Samuald, nous prenons place tout en haut, au quatrième étage, sur nos postes de travail. Nos pompes sont identiques à celles de tous les autres. Directement reliées à la cuve en cuivre par un long tuyau en caoutchouc, elles lui envoient de l’air pour qu’elle tourne à n’en plus finir. Et nos compteurs feront tourner les chiffres du pompage. Il en faut cinq milles par journée de travail, du zénith jusqu’au crépuscule.

Je serre mes poings autour du levier et commence à pomper. Ça fait ce « plop », ce bruit d’aspiration et de relâchement que je déteste tant. Trois semaines qu’on fait ça toutes les nuits. Réquisition de deux cents travailleurs du royaume, n’importe lesquels pourvu qu’on ait deux bras et deux jambes pour pomper.

– Ça va ton homme ? me demande Samuald.

– Un p’tit peu mieux qu’hier, merci.

– Il va s’en sortir j’suis sûr !

Pour me parler, mon ami est obligé de crier pour couvrir les bruits des dizaines de pompeurs autour de nous et de la cuve qui tourne dans tous les sens. Sa voix éraillée et fatiguée, je l’entends à peine. Mais je souris, parce qu’il est toujours là pour moi, bienveillant et rassurant. Si mon père était pas mort quand j’avais trois ans, j’aurais voulu qu’il soit comme lui.

Rojan, mon compagnon, est malade. Il a attrapé la fièvre de l’air. C’est l’un des travailleurs qui s’occupe des montgolfières royales, qu’il pleuve ou qu’il vente. Parce que la Reine adore voir se promener dans le ciel des montgolfières de toutes les couleurs, alors il faut bien que des ouvriers soient là pour activer les feux et les gaz qui les entraînent. Sauf qu’à trop les respirer ces gaz, et à trop sortir si haut, Rojan est tombé malade.

– Et toi, tes fils ? Ils vont bien ?

Samuald me fait répéter une deuxième fois dans le brouhaha de la manufacture.

– Oui oui, ça va !

Il me désigne l’aîné, deux étages plus bas en face de nous. Une carrure de guerrier, comme son père, et les mêmes longs cheveux blonds. Il pompe plus fort que trois ouvriers réunis, c’en est presque drôle à voir d’ici.

– Il pense qu’on aura fini ce soir ! me hurle Samuald.

Je jette un coup d’œil à la cuve et à son roulis incessant. Qu’on finisse ce soir, demain ou dans trois ans, le problème restera toujours le même. Une nouvelle lubie illuminera l’esprit d’un des gamins de la famille royale, ou même celui du roi en personne, et il faudra tout recommencer.

Le mois dernier, c’était la cadette, Elisaor, qui s’est découvert une passion pour la mer. Ils ont réquisitionné trois cents ouvriers pour creuser, quatre cents autres pour dévier la rivière, pendant qu’encore une centaine d’autres sont partis chercher des sacs de sable et du sel sur la côte, là où il y a la vraie mer. Et elle l’a finalement eue, sa plage artificielle au beau milieu du royaume, la gamine. Elle a passé trois jours à s’y baigner avec ses petites copines de la noblesse, et puis elles se sont lassées. Maintenant, on n’a plus de rivière mais on a un beau trou rempli d’eau au centre de la vallée.

– Tu te rappelles la fois où on a dû couper en biais l’herbe du jardin royal ? me crie Samuald dans un éclat de rire.

Je vois que lui et moi, nous avons le même type de réflexions en ce moment même. Et la cuve, elle, continue de tourner, tourner… Mes bras me lancent, et mes épaules semblent prêtes à s’arracher de mon corps à chaque mouvement à présent.

– Coupez en biais ! Coupez en biais ! Le roi veut une herbe asymétrique ! s’esclaffe mon compagnon d’infortune.

Je souris. Je sais bien qu’il fait ça pour me faire oublier la douleur. Je jette un coup d’œil à sa jambe, celle qui le fait souffrir. Il l’a légèrement posée en arrière, pour moins s’appuyer dessus à chaque mouvement. Il n’est pas aussi vieux que ma mère, il n’a pas encore atteint les quarante-cinq ans. Mais il est à un âge presque critique dans le royaume pour les ouvriers. Celui où les rations commencent fatalement à réduire, à mesure que l’on perd en cadence. J’espère que ses fils seront là pour lui céder une part de leur gruau quand Samuald ne pourra plus travailler du tout.

– Parle-moi encore de ton cousin du pays du soleil, lui lancé-je pour me divertir l’esprit.

– Là-bas, tu travailles si t’as envie p’tite ! Tu peux cultiver ta propre terre pour te nourrir ! T’as même des pièces d’or si tu vas à la mine ou à la manufacture ! Pour t’acheter tes vêtements et des gâteaux !

Mes yeux baissent jusqu’aux guenilles que je porte. Une combinaison grise tâchée et trouée, qui laisse passer la pluie et le vent. Mais je ne possède rien d’autre. Un jour peut-être, on finira tous par partir vers le sud… Et la famille royale sera bien embêtée.

Une main vient se fermer sur l’épaule de Samuald. C’est celle du contremaître, et il n’a pas l’air content. Il désigne de nouveau sa montre cassée d’un tapotement de doigt. Cette fois-ci, c’est pour signifier à mon ami qu’il ne va pas assez vite, que sa cadence est trop faible. Sans que Samuald ait le temps de protester, l’homme attrape sa carte hebdomadaire dans sa poche et la lui confisque. Je me mords la lèvre inférieure pour me retenir d’intervenir. J’ai besoin de garder ma carte. Si je n’ai pas de nourriture la semaine prochaine, alors mon lait se tarira et mon bébé mourra.

Mon ami me jette un coup d’œil furtif et meurtri. Nous le savons tous les deux, l’acte du contremaître est un puissant avertissement : si Samuald n’augmente pas sa cadence d’ici le crépuscule, sa carte lui sera définitivement confisquée. Il ne pourra plus travailler cette semaine, et donc plus la remplir. Il perdra sa prochaine ration hebdomadaire.

Je jette un coup d’œil par la minuscule fenêtre à l’arrière de la manufacture, apercevant le ciel encore bleu. Nous ne sommes qu’au milieu de l’après-midi.

Aussitôt, Samuald redouble d’efforts, se donnant corps et âmes sur son levier. Il pompe plus fort que jamais, et devient tout rouge. Je jette un coup d’œil au compteur qui comptabilise chacun de nos pompages. Le mien est à deux milles trois cents cinq, le sien à mille huit cents douze.

Il pompe encore comme ça pendant une bonne heure, sans plus me parler, et je n’ose l’arrêter. Je suis de plus en plus inquiète pour lui à mesure qu’une veine gonflée et luisante apparaît sur sa tempe. D’autres ouvriers autour le regardent. Sa pompe émet un son bien plus fort et cadencé que le nôtre, à son propre rythme.

Mon compteur est à trois mille neuf cent cinquante-huit, le sien à quatre milles cent vingt.

Soudain, il s’arrête, debout sur sa pompe, les bras tendus sur le levier. Je le vois prendre une bouffée de l’air saturé de sueur de la manufacture, mais elle semble se coincer dans sa gorge. Il me lance un regard épouvanté, porte ses mains à sa poitrine. L’instant d’après, il s’écroule par terre dans un fracas métallique.

– Samuald !

Je me précipite sur lui alors qu’il halète, le visage cramoisi. Ses doigts viennent serrer mes mains avec vigueur une ultime fois. Puis, c’est tout son corps qui se relâche et ses yeux qui se ferment.

– A l’aide ! Allez chercher le contremaître !

Ma voix se perd dans le bruit des centaines de pompes et mon regard se brise sur ceux des autres ouvriers qui font semblant de n’avoir rien vu. Je secoue le corps inerte de mon ami, en vain. Dans un élan de panique, je remonte sur ma pompe. Je ne peux pas perdre ma ration, ce n’est pas possible !

Dix mouvements plus tard, je m’aperçois de la futilité de mon geste. C’est Samuald qui a besoin d’aide, lui qui a besoin de sa ration. Alors, je me déplace sur sa pompe, et je pompe plus fort que jamais. Quand il se réveillera, j’aurai maintenu la bonne cadence pour lui, et il pourra recommencer.

Je ne sais pas par quel miracle je reprends mes esprits, mais le choc est rude. L’impensable me saisit aux tripes, m’enserre la gorge jusqu’à placer un goût de bile dans ma bouche.

Samuald est peut-être mort. Mon corps entier tremble alors que je m’extraie de sa pompe. Je m’accroupis près de son corps, et je pose mon oreille contre sa poitrine.

Je n’entends rien. Mais n’est-ce pas la faute du bruit ambiant ? Il faut que je sorte Samuald de la manufacture, il faut que je lui fasse respirer l’air frais du dehors. Je lève les yeux vers la fenêtre : Le ciel a gagné une teinte orangée. Le crépuscule est presque là.

Alors je tire le corps lourd et inanimé de mon ami vers l’escalier. D’abord par les bras, mais sa tête racle le sol et j’ai peur de lui faire mal. Personne ne vient m’aider. Je change donc de position et attrape ses pieds.

Il me faut un temps infini pour le faire descendre le long des escaliers. Quatre étages interminables. Et en bas, toute la salle à parcourir encore. Je passe devant la grande cuve en cuivre et son cri métallique qui me casse les oreilles. Le contremaître ne m’a même pas remarquée, moi la petite ouvrière qui traîne le corps de son immense ami. Il doit être trop occupé à vérifier les cadences d’un autre ouvrier malchanceux. La porte principale est ouverte pour laisser entrer un peu de la fraîcheur du soir. Au loin, par-dessus les montagnes, j’aperçois le dernier éclat du soleil avant la nuit.

En revanche, Sonio, le fils de Samuald lui m’a repéré. Il accourt depuis son deuxième étage, abandonnant ses derniers pompages pour secourir son père.

– Dehors ! Il faut l’amener dehors !

Il s’exécute, tirant les jambes de mon ami bien plus vite que moi. Nous franchissons ensemble les derniers mètres jusqu’à la porte, et il laisse le corps gisant de son père dévaler de quelques mètres la pente.

Je me jette au sol dans un mélange d’épuisement et de peur, et relève sa tête, essayant de lui faire inspirer l’air frais du dehors.

– Allez Samuald, allez !

Je repose mon oreille sur sa poitrine. J’attends, vainement, le moindre signe d’un battement de cœur.

– Il va bien ? assène Sonio. Il va bien ?

Et les larmes coulent toutes seules de mes yeux, abondantes et incontrôlables. Je relève péniblement la tête et la tourne vers le crépuscule, incapable de regarder l’adolescent en face. Il secoue le corps de son père, et je sens un haut le cœur me prendre violemment aux tripes.

Je rampe quelques mètres vers la manufacture et vomis un mélange de gruau et de bile sur la terre.

– C’est terminé ! Hurle la voix du contremaître à l’intérieur.

Effectivement, la nuit est finalement tombée. Le bruit des pompes s’arrête, celui de la cuve également. Je regarde à travers la porte ouverte le contremaître s’avancer vers l’immense cuve ronde, et l’ouvrir d’un geste théâtral. Une brise légère vient finir de me glacer le sang.

Il en sort trois billes. Trois minuscules billes. Elles sont magnifiques, brillantes et impeccablement polies. Il les montre à la volée, levant son bras vers le ciel, comme s’il détenait un trésor. Puis, il les range dans le petit sac où il avait déjà placées toutes celles que nous avons fabriquées en trois semaines.

Le jour où le jeune prince jugera ce sac suffisamment rempli, et ses billes suffisamment belles pour jouer avec ses amis, nous pourrons arrêter de pomper.

Contrainte 1Une statue de glace

UN FROID FORT NÉCESSAIRE

D

Je m’appelle Xénosthène Cortexius d’Alexandrie. Mon nom vous convaincra à lui seul de l’extraordinaire du récit que je m’apprête à vous livrer, tant il invoque à l’esprit le soleil blanc du désert, la brûlure du sable et la verdure de feuilles de palmier perdus haut dans l’infini d’un ciel saphir. Mais avant de vous faire part, la plume tremblante, de l’odyssée initiatique qui m’a vu, en terre hostile et froide, me perdre dans un dédale d’orgueil dans lequel j’ai manqué de peu de me perdre, laissez-moi vous dire un peu qui je suis. Tout du moins, laissez-moi vous dire ce qui, longtemps, a fait mon identité aux yeux du bon peuple égyptien : mon indécente intelligence.

Toujours j’ai su saisir, sous la vase des mots, la matrice de l’âme humaine. Très jeune, j’ai excellé en mathématique, en philosophie, en ingénierie, en médecine, le tout, sans jamais en concevoir la moindre prétention à l’égard de mes pairs. Tout du moins, c’est ce que je croyais, jusqu’à ce jour étrange où, à l’apex de ma renommée et de mes compétences surprenantes, m’est venu en tête ce plan fâcheux qui allait renvoyer en quelques semaines à la carrière l’édifice de marbre qui faisait mon divin piédestal.

J’espère, mû par une humilité sincère et acquise à fort prix, que mon expérience, impensable au pragmatique, saura t’éloigner, mon bon lecteur, de la voie de l’orgueil.

Chapitre 1er

Un plan fort noble d’apparence

J’étais à mon atelier, crayonnant le plan des fondations du dernier foyer pour orphelins d’Alexandrie, lorsque troublé par une sauterelle fort espiègle, j’ai vu mon attention déviée de ma tâche : la bête, farceuse, après avoir bondit entre mes sourcils avec l’agilité d’un diable vert, a fui par ma fenêtre, esquivant la paume que, lancée à l’instinct, je me pris finalement sur le bout du nez. Sonné, les fesses perdues dans la suie qui jonchait mon dallage, je me suis relevé à grand peine, pour assister à la scène qui, sous peu, allait changer ma vie : par la fenêtre qui avait permis l’échappée de la fuyarde, j’observais le spectacle poignant d’une horde d’enfants des rues – ceux-là même pour lesquels je m’échinais avec vertu à concevoir un refuge – se faire battre la couenne par un vendeur de dattes victime, sans nul doute, d’un larcin certes immoral, mais, fort peu dommageable.

Les enfants, battus, hurlaient à l’injustice, criaient qu’ils avaient faim, qu’ils n’avaient pas le sou, mais rien n’y faisait. Attirée par les cris de la bande d’enfants malingres, une foule se rassembla bien vite et, plutôt que de leur tendre la main du bienveillant, les accablèrent de jurons et de noms que la décence – et je l’avoue sans honte, ma mémoire désormais vieillissante – m’empêche de répéter ici. Et les vieilles femmes sales de hurler, et les marchands d’y aller de leur coup de joncs vicieux, et le ciel-même, peut-être d’assombrir leur fuite par l’entremet de quelques nuages qu’un haruspice aurait jugé, à raison, de fort mauvaise augure.

Ce qu’il advint de ses enfants, je ne le su jamais, car venait de me venir une idée, certes ambitieuse mais envoûtante, qui comblerait, que j’y assiste ou pas, leur vie de joie : aussitôt, je jetai à terre mon tablier, m’emparait de ma plume et, riche de mon intelligence proverbiale, je m’attaquais à mon colosse de Rhodes, ma grande Bibliothèque, mon tombeau de Khéops : l’éradication pure et simple, en ce monde, de la froideur des hommes.

Chapitre 2

Un départ bien malheureux

Malheureusement pour moi, alors qu’un orgueil dommageable naissait en moi à mon insu, la nouvelle se répandit vite que la grande intelligence d’Egypte, le grand Xénosthène Cortexius, entreprenait l’impossible : j’avais vaincu les mystères de la vie, pensais avoir cartographié l’âme humaine, et aujourd’hui, je tentais de la modifier pour créer une sorte de paradis dépourvu de la froideur des hommes. Pour celui que j’étais alors, séparé du divin par ma seule chair et mon seule sang, tant j’étais adulé et aimé par-delà nos frontières, l’entreprise avait de quoi me faire perdre pieds avec la réalité de notre condition, mais, orgueilleux – encore une fois sans le savoir alors – je faisais fi des moqueurs et continuai chaque jour mon travail.

Mais voilà qu’un jour, il vint aux oreilles de Pharaon qu’un homme, un simple mortel, devenait un danger pour lui et la légitimité de son pouvoir divin : si un homme égalait bientôt les Dieux en génie créateur, s’il se faisait modeleur du matériau insaisissable qu’était pour beaucoup celui de l’âme humaine, alors il avait un rival dont il fallait au plus vite se débarrasser.

Lorsque les gardes de Pharaons vinrent me chercher, je n’eu d’autre choix que de fuir mon atelier, prenant avec moi à l’emportée quelques miennes créations, une série de pompes qui faisaient la pierre angulaire de mon fou projet. Les poches pleines d’écrous, de vis et de parchemins, je fuyai vers le port, me glissait dans une soute, et filait quelques heures plus tard vers l’inconnu, loin de la terre qui m’avait fait légende.

Chapitre 3

Une destination inattendue

Il est cette croyance, très ancrée, que la vie est une épreuve, que la noblesse d’âme du samaritain, toujours, sera éprouvée, et j’avoue que c’est exactement ce dont je me suis lamenté lorsque, après trois semaines caché sous une bâche d’où je chassais des rats de cale pour survivre, notre embarcation s’est vu assailli par des pirates. Ce que j’ignorais, c’était qu’à mon départ d’Alexandrie, je m’étais caché sous la bâche qui protégeait un coffre d’ivoire manifestement chéri du capitaine de bord : à peine l’abordage menacé, que j’entendis des bruits de pas affolés sous la soute, le chahut de caisses – dont celle dans laquelle je me trouvais – transbahutées dans une embarcation de fortune, puis la mise à l’eau de cette barque de fuite. Lâche, le capitaine venait d’abandonner ses hommes avec sa cargaison la plus précieuse, et moi avec.

Lorsque les pirates s’en rendirent compte, des flèches fusèrent et, fut-ce un hasard ou le fruit de l’excellence des archers hostiles, le capitaine couard fut transpercé de part en part et mourut sur le coup… Lancé vers l’inconnu par un courant fougueux, je me retrouvai bien vite à l’abri de nos assaillants, abandonné à l’odyssée incertaine de plusieurs semaines en mer. Lorsque je sortis de sous ma bâche, je dépouillai de ses vêtements le corps du capitaine, puis m’en débarrassai – craignant que sa putréfaction ne sonne mon glas -, et fit l’inventaire de la cargaison qui, de fait, était désormais la mienne : c’est là que je découvris, outre l’or et le jade amassé dans le coffre d’ébène, des rations de nourriture sèche et des outres d’eau. Le lâche avait manifestement envisagé qu’une telle infortune pouvait se produire, et sa prévenance – ou sa lâcheté – m’offrait dès lors une manne inespérée.

Pendant de longues semaines, j’errai ainsi au hasard, sans savoir si je survivrai à mon voyage.

Chapitre 4

Le peuple du froid

Si la vie est une épreuve, elle sourit aussi, parfois, à l’audacieux. Un jour que je vidai ma dernière outre et voyais ma fin venir, je décidai d’investir mes dernières forces à ma survie. Je ramai, droit devant, sillonnant des eaux toujours plus froides, jusqu’à voir un jour, au loin, se dessiner une ligne trouble : l’horizon faisait comme un tapis sous lequel aurait été dissimulés les graviers amassés par un coup de balai. Une côte se profilait devant moi !

Heureux, et voyant renaître en mon esprit ce plan fou que j’avais abandonné au désespoir depuis mon départ d’Egypte, j’enfilais les vêtements arrachés au capitaine – le froid était glacial, et je n’y étais guère habitué -, et ramai à m’en déchirer muscles et tendons jusqu’à la terre.

Et quelle terre… Il n’y avait là que poudre blanche et froide sous le pied, ciel gris et collines stériles. Comment survivrai-je ici ? L’euphorie céda aussitôt le pas à la détresse, et je m’effondrai dans la poudreuse pour ce que je pensais être mon dernier sommeil.

À tort.

Lorsque je rouvris les yeux, je m’imaginai en terre divine, mais la vision qui s’offrait à moi m’en dissuada bien vite : des êtres aux regards circonspects me dévisageaient, l’air aussi inoffensifs qu’interdit. Tu penseras peut-être que je te mens, lecteur, car la vision peut paraître farfelue et dictée par la fièvre, mais ces êtres étaient engoncés dans des vêtements de peau grasse qui faisaient autour d’eau comme un corps disgracieux. Ils avaient la tête protégée par des coiffes de plumes noires huileuses qui semblaient protéger leurs tempes fragiles du froid, et des chaussures qui donnaient à leurs pieds des allures de sacs de blé. Mais, le plus surprenant – outre leur caractère, mais je préfère garder cela pour l’après -, c’était leur petite taille, qui jurait étrangement avec leur corpulence musculeuse et leur port inflexible. Ces petits hommes, si vide était leur regard, avait tout de forteresses de chair inamovible.

Bientôt, bienveillants et silencieux, ils m’ont soignés sans jamais rien comprendre à mes appels : ils m’ont donné la chaleur d’un feu, le gras d’un bol de nourriture et l’eau pure de leur terre. Pendant des semaines, ils se relayaient auprès de moi et, je le remarquais, avec une ferveur étrange qui se mua bientôt, je le compris, en authentique vénération, si bien qu’au bout de deux mois auprès d’eux, je me retrouvais, une fois encore, au centre de toutes les affections, voire de toutes les idolâtries.

C’est peut-être là qu’a été ma faiblesse, le défaut de mon armure pourtant forgé au métal de la générosité d’âme…

Chapitre 5

Au travail !

J’étais un dieu pour eux. Un dieu bienveillant, toujours, mais riche d’un peuple prêt à tout pour me satisfaire. Là, je me suis demandé s’il était immoral d’user de cette dévotion pour une cause noble… Car, oui, je n’avais pas oublié mon projet égyptien, et comptait toujours, maintenant que ma survie était assurée, tenter d’éradiquer la froideur de l’âme humaine…

Décidé, je retournai farfouiller dans mes effets pour en retirer les fameuses pompes avec lesquelles j’étais partie : très vite, je compris que pour démultiplier leur puissance, j’allais devoir les assembler pour en former une gigantesque qui focaliserait leur pouvoir à toutes. Oui : je parle de pouvoir. Tu me prendras peut-être une fois de plus pour un fou, lecteur, mais j’avais découvert en Egypte, fort de mon intelligence et de ma connaissance de la matrice fondamentale qui dicte ses chemins à l’âme humaine, le moyen de siphonner, grâce à ces incroyables pompes, tout ce qu’il y avait de plus odieux en chaque être vivant…

Mon travail fut rapide, d’autant plus que les membres de mon petit peuple se révélèrent d’efficaces assistants, inépuisables et dévoués. Bientôt, je disposais de ma gigantesque Pompe à Noirceur – comme je l’ai baptisée -, et décidait de l’utiliser sans plus tarder : puissante comme elle l’était, elle permettrait probablement d’attirer le froid des âmes humaines du monde entier.

Ce que je n’avais pas prévu, c’était qu’il m’était impossible de manœuvrer une pompe aussi colossale : je n’avais pas la force pour en actionner les mécanismes. Fidèles à mon effort, mon petit peuple m’aida une fois de plus, et mes dévoués serviteurs se mirent aussitôt à pomper…

Chapitre 6

Des résultats troublants

Les premiers résultats furent déroutants.

À mesures que mes petits apprentis pompaient… pompaient… et pompaient encore, des nuages glaciaux apparaissaient dans le lointain, attirés là par la Pompe à Noirceur qui fonctionnait à merveille : mais, le plus troublant, était que ces nuages se mettaient à tournoyer autour de la pompe, une minute, deux minutes, pour finalement repartir d’où ils venaient, par-delà les océans.

Si j’avais réussi à siphonner le mal du monde, je n’avais rien pour emprisonner la noirceur aspirée aux âmes de la planète.

La solution me vint lorsque je tentai, un jour, de toucher l’un de ces nuages au-dessus de la pompe : il était glacial et, je sentis un instant qu’il me pénétrait, m’envahissait, et disparaissait en moi. Ce nuage-ci, entièrement aspiré par mon corps et mon âme, ne reparut jamais. J’avais ma solution : j’allais devoir devenir la prison de ces terribles nuages d’immoralité…

J’admets que la prise de conscience me glaça : j’allais devenir une sorte de martyre, mais étais-je près à cela ? À sacrifier ma vie pour autrui ? Je repensai alors à ma nouvelle vie ici, à ce pourquoi je faisais tout cela, à mon voyage chaotique, à mon pays et… à ces enfants battus, là-bas, à Alexandrie : oui, il fallait que j’aille au bout de mon projet pharaonique ! Cela me coûterait ma liberté à jamais, mais je resterai ici où je deviendrai le gardien du mal arraché au monde.

Aussitôt, je me mis à toucher à tous les nuages noirs attirés ici par la pompe, tandis que mon petit peuple se démenait, ne cessant jamais de pomper ! Le froid m’envahissait, transissait mes chairs, mes veines, mon sang, mes os, et plus les nuages affluaient, plus mon corps se faisait froid, rigide… immobile.

Jusqu’à au jour de la transformation.

Chapitre 7

La métamorphose

Une statue de glace.

Voilà ce que j’étais devenu : je payais mon orgueil divin de ma liberté de mouvement, et je compris très vite que je finirai ma vie ici. Or, elle serait longue, car ma métamorphose en être de glace – certes majestueuse, mais qu’avais-je encore d’humain ? – m’avait aussi privé du vieillissement. J’étais, oui, une sorte de divinité immortelle et adulé, un dieu de bienveillance qui s’était sacrifié pour les hommes.

Mon peuple, lui, continuait de pomper sans finir, se relayant, en faisant un réel mode de vie. Ils devinrent même si zélés dans leur ouvrage qu’ils pompèrent de plus en plus, de plus en plus fiévreusement. J’en étais fier, comblé, jusqu’à ce qu’arrive le premier bateau…

C’était un navire venu de Grèce qui découvrit ma terre d’accueil : arrivés devant moi, les explorateurs, tout sourire et les yeux écarquillés, s’émerveillèrent de cette statue de glace somptueuse couronné d’un vortex de volutes noires. Immobile, je les écoutais parler, s’extasier de ma beauté, et de ce que le monde était un endroit incroyablement fabuleux. Ces hommes semblaient heureux, gais, et traitaient mon petit peuple avec gentillesse et bonté d’âme.

La preuve était là : ma Pompe à Noirceur fonctionnait, et le monde, sans doute, loin de nos frontières allait bien.

Lorsque le bateau est reparti après avoir consigné ses découvertes, j’étais heureux et acceptait définitivement mon sacrifice.

Chapitre 8

Une arrivée inquiétante

Les navires affluèrent de plus en plus nombreux, mais quelque chose me frappa vite : chaque équipage semblait plus médusé par la vision de ce que j’étais devenu, par notre petit village de petits êtres qui s’affairaient sur leur pompe colossale. Certains nous regardaient des heures, comme hypnotisés, si bien que certains membres se tapaient des fois du coude pour rappeler à leur voisin qu’il fallait boire et manger.

Et les nouvelles du monde n’étaient pas bonnes : sur toutes les terres connues, les gens devenaient de plus en plus insouciants. On dansait, on chantait, on partageait à s’en priver, si bien qu’un chaos envahissait certain pays tout entier. Un empire c’était même effondré, noyé sous le plaisir et le bonheur.

J’avais ne pas avoir compris comment la privation de noirceur morale avait pu causer la perte d’un empire, mais j’en suis venu à me dire que j’avais peut-être fait fausse route : et si l’âme humaine ne pouvait survivre sans sa part d’ombre ? Peut-être avait-elle besoin d’une noirceur qu’il fallait simplement apprendre à contrôler ?

Dès le départ de ce troublant navire, j’ai alors voulu demander à mon petit peuple d’arrêter de pomper… mais c’était trop tard : mes lèvres ne bougeaient plus. J’étais devenu une statue jusqu’à la dernière de mes molécules. Plus possible pour moi d’endiguer la vague dévastatrice dont j’avais été l’initiateur : en plus d’être immobile, j’étais bâillonné. Bâillonné par le froid arraché aux cœurs des humains de la terre entière, bâillonné, au fond, par cet orgueil qui m’avait laissé croire que je pouvais, tout connaisseur que j’étais de l’âme humaine, nous sauver tous…

Chapitre 9

Le salut

C’est justement le mal qui m’a sauvé, car, encore épargné par la Pompe à Noirceur, un équipage de pillards attiré par les récits de ma terre d’accueil, de cette statue de glace vénérée par un petit peuple du froid, est venu tout saccager…

Tout s’est passé très vite : ils sont arrivés avec des haches et des pieux, la neige est devenue rouge du sang de mes petits sauveurs qui, un à un sont tombés…

Il n’y avait plus personne pour pomper.

Attirés par l’appât du gain, les pillards ont dérobé la célèbre statue divine, moi, et m’ont embarqué au loin, loin de ma terre d’accueil, pour me revendre au plus offrant.

J’ai voyagé de longs mois, toujours transis par la noirceur du monde mais, peu à peu, je la sentais qui s’échappait de moi, par mes doigts, mes orteils, les pores de ma peau…

Et un jour, j’ai revu des côtes bien familières, un soleil aveuglant, un sable jaune et chaud, et les feuilles vertes qui taquinaient le ciel et dansaient dans le vent…

Nous étions de retour en Egypte.

Épilogue

Il se trouve que ce fut Pharaon qui acheta la fameuse statue de glace célèbre désormais dans le monde entier. Il m’exposa dans l’une des salles de son palais et, comme la richesse disparait aux yeux du riche, il finit par m’y oublier.

Plusieurs semaines après mon rachat, j’ai senti des larmes couler sur mes joues : je pleurais de nouveau. Je n’étais plus froid au point d’en être immobile. La noirceur me quittait de plus en plus.

Mes premières larmes, je les ai versées pour mon petit peuple du froid, et ce furent d’ailleurs les seules. Lorsque j’en eu fini de me réchauffer, que la noirceur m’eut tout entière quitté pour retrouver partout en ce monde le cœur de tout un chacun, je m’effondrai sur le sol de la salle des trésors de Pharaon et, sans tarder, entreprit de m’échapper.

Je quittai la salle des trésors dans une amphore rachetée par un marchand d’huile d’un village proche qui, lorsqu’il me découvrit, affaibli et la mine défaite, me reconnut tout de même aussitôt : j’étais celui qui avait tenté de sauver les enfants du pays du mal. Celui qui avait souffert la colère de pharaon pour avoir voulu rendre le monde plus beau.

Des mois, il m’a caché, des années même, et aujourd’hui, je sais que la vieillesse, libérée par la fonte de la statue de glace que j’étais, a repris sur moi son dû.

Je mourrai bientôt.

Et comment pourrais-je mourir, sans laisser en héritage au monde, le récit d’un homme qui, quand bien même le cœur chaud d’un amour sincère pour les siens, a commis l’erreur, bien naïve, de pécher par orgueil ?

 

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Un commentaire

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