Accueil » Chroniques de livres » « La règle des deux » de Drew Karpyshyn

« La règle des deux » de Drew Karpyshyn

La règle des deux de Drew KarpyshynLa Règle des deux rentre dans le cycle de Star Wars comme le 92e volume de la collection du Fleuve noir qui a débuté par La Guerre des Étoiles, ouvrage de George Lucas à l’origine du film du même nom. Un tableau judicieusement disposé en début d’ouvrage donne les titres et la position des livres publiés dans la chronologie du cycle. L’histoire qui se situe en l’an 1000 avant La Guerre des étoiles fait suite à La Voie de la destruction, numéro 85, du même auteur.

Ce récit peut s’aborder de plusieurs façons. Soit le lecteur connaît les volumes de la collection et il rentre rapidement dans l’action sans contraintes intellectuelles et environnementales, ou bien, il ne connaît pas le cycle et il lui faut ingurgiter, avec plaisir ou non, les concepts de George Lucas, lequel en surveille soigneusement l’application à ce que l’on en lit.
Cet ouvrage développe un mélange savamment dosé de science-fiction et de sortilèges avec une philosophie du nihilisme qui s’emploie à placer les forces du mal et du bien dans un déséquilibre propre à maintenir la curiosité. Il faut noter que la gamme sentimentale y est juste effleurée et le sexe inexistant ce qui écarte probablement les réticences de certains lecteurs qui supportent mieux un monde hors de leur réalité.
Le prologue, d’une grande densité, est une rapide présentation de la situation générale au travers d’un personnage secondaire qui terminera sa vie en martyr. La Règle des deux s’apparente à une tragédie antique où seuls les dieux échappent à la mort et encore pas n’importe quel dieu chez Star Wars.
Le code Sith qui amorce le premier chapitre annonce la couleur, noire partout ! Dark Bane, le héros plus que barbare, mais faut-il l’appeler ainsi dans notre monde actuel, inonde le paysage de sa méchanceté et de son égoïsme. Il a organisé la disparition de tous ses compagnons du côté Obscur. Tous ? Non, il en reste quelques-uns, dans un camp, dont il va s’occuper plus tard.
Bane rencontre Zannah qui vient de terminer une série de meurtres avec un don particulier qu’il reconnaît bien, celui de la Force Obscure ; quelques Jedi y sont passés ! Plus tard, elle va lui montrer qu’elle en applique les préceptes en estropiant un membre de sa famille, pour lui sauver la vie tout de même. Après un début de leçon Sith, Bane admet qu’elle peut être son disciple. L’aventure commence et Zannah s’accroche à ses basques comme la misère sur le pauvre monde. Il lui suggère une promesse qu’elle lui fera, toute dans les règles Sith, invraisemblable dans le monde de la Lumière. La méchanceté absolue qui se manifeste ainsi en se retournant contre elle-même dissimule peut-être le désir caché de l’auteur de susciter le rejet d’une certaine philosophie absurde.
Notre équipe a besoin de provisions, un dernier camp Sith se tient pas loin. Notre héros noir s’y rend et élimine promptement les derniers Sith, hommes ou femmes ; jouir des peurs et des souffrances de ses victimes accroit sa force obscure ! Malgré tout, deux individus vont s’échapper dans la forêt ce qui va donner l’occasion à Dark Bane de fournir quelques explications alambiquées, qui laissent perplexe le lecteur. Ce ne seront pas les dernières de la sorte.
Ainsi se constitue ce couple bancal qui va animer le roman, un super monstre accompagné d’une fillette de dix ans, son disciple. Il va découvrir que les esprits de tous les Sith tués par l’explosion d’une bombe d’un genre particulier sont retenus captifs dans une prison virtuelle. On imagine les développements futurs que cette seule observation peut entraîner, un boulevard d’écriture pour l’auteur et une explosion d’aventures pour les lecteurs.
L’histoire tourne autour de la lutte entre l’Ordre Jedi et notre chevalier plus que noir qui veut régner sur l’univers.
Comme dans les meilleures fictions, la base de l’intrigue, la qualité de l’écriture, la présentation des situations, la densité des événements, l’adresse de l’auteur pour sortir des situations désespérées, transforment un récit saumâtre en fringant conte de chevalerie d’où émerge une certaine hypnose de la violence. Enfin, entre autres, les facultés du sabre laser et les singularités de la Force laissent toujours pantois dans leur magie.
Il n’est pas question de rester dans ce camp détruit par Bane, le miracle de l’écriture veille et Zannah y trouve, parmi tous les vestiges, un manuscrit annoté par l’instructeur de Bane, un Sith qu’il a lui-même exécuté (ces mœurs sont charmantes). Dark Bane, par une sorte d’intuition, mais il en aura beaucoup, s’en empare et apprend ainsi l’emplacement secret du tombeau d’un grand maître Sith. Il y serait dissimulé quelque chose comme le Saint Graal des Sith, la puissance suprême de l’ordre.
Troublé ou guidé plus ou moins par des silhouettes fantômes qui le persécutent mentalement en apparaissant de temps à autre, Dark Bane va n’avoir de cesse que de trouver ce trésor
Son entrée dans le tombeau tient du délire, il y rencontre des créatures inattendues qui en renforçant sa puissance et le délivrant de ses persécuteurs vont mettre sa vie constamment en péril. Problème, il est bloqué au sol. Qu’à cela ne tienne, Zannah va atterrir sur la planète et après quelques ébats avec les habitants et les dragons du coin qui seront neutralisés, les deux derniers spécimens de Sith repartiront vers d’autres aventures.
Durant ce temps là l’ordre Jedi doit se plier aux injonctions de la République et perdre volontairement son unicité et sa puissance. Quelques éléments vont émerger pour, sans le savoir combattre encore des mauvais, puis, plus tard, l’équipe super puissante de Bane.

Au travers des invraisemblances générées par l’auteur pour aider le chevalier noir, la barbarie initiale mène aux situations les plus folles dans les limites extensibles des forces physique et mentale. C’est une longue série d’actions, de tueries et de meurtres où de temps en temps apparaissent quelques exploits des Jedi presque aussitôt effacés par le couple de deux ennemis futurs, Bane et Zannah.
Ce qui pourrait être de la science-fiction appartient à la catégorie en vogue des romans à sortilèges et à magie, ici particulièrement noire.
Qu’importe le flacon pourvu qu’on ait l’ivresse et ici l’ivresse on l’a, jusqu’à plus soif. L’ivresse du hasard, l’auteur n’hésitant pas à sortir un nouveau sortilège de sa manche pour tirer son « noiraud » d’une situation impossible ou enfoncer les preux chevaliers Jedi. Presque tous les personnages Jedi du roman y passent, détruits d’une manière ou d’une autre par Dark Bane d’abord puis, comme si cela ne suffisait pas, par son élève qui termine sur une belle note d’atrocité en tuant le médecin qui a sauvé la vie de son maître. Heureusement, l’auteur nous évite, merci, les détails de la fillette à l’ouvrage.
L’enchantement de la Force, invention du cycle, qui se partage en deux côtés (Obscur et Lumineux) est trop manichéen. Dans un abrupt résumé, Bane et son rejeton spirituel Zannah n’ont qu’une règle : mépriser les faibles et détruire tout ce qui est, tôt ou tard, susceptible de leur nuire, le mot reconnaissance étant proscrit de leur vocabulaire. Belle maxime qui est développée par le personnage central tout au long de l’ouvrage.
Ce roman a quelques difficultés à transporter dans le monde onirique les films du même cycle, ce qui rend les violences plus difficiles à supporter. Il permet au lecteur, comme beaucoup d’autres, d’éliminer ses « Obscurs » instincts dans un défoulement mental hors du commun.

 

Chronique de Gérard ‘1464’ Bouyer

ÉditeurFleuve Noir
AuteurDrew Karpyshyn
Pages 374
Prix8,10€

Nous en pensons ...

Notre avis

4.0

La barbarie initiale mène aux situations les plus folles dans les limites extensibles des forces physique et mentale.

User Rating: Be the first one !

A propos de Richard

Richard
"Ça mériterait un bon coup de pinceau" que j'ai eu la folie de dire. "Tiens voila les clés" fut leur réponse. Voila comment on se retrouve webmaster chez PdE...

Consulter aussi...

Pénombres n°6 : « Mondes virtuels, monde réel » – Association Transition

Alors que les cinq premiers numéros du fanzine Pénombres étaient imprimés, ce numéro 6 se …

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.