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« Alien earth » de Megan Lindholm

"Alien earth" de Megan Lindholm
« Alien earth » de Megan Lindholm

Notre terre est dévastée et condamnée. Pour des raisons obscures, les Arthroplanes, extra-terrestres insectoïdes, ont évacué les humains vers deux planètes : Castor et Pollux. Après des millénaires, les hommes conscients de la catastrophe écologique que leurs ancêtres ont provoquée, ont accepté avec soumission le nouveau modèle de développement que leur ont imposé leurs sauveurs. La race humaine a été façonnée pour s’insérer dans son nouvel environnement avec des répercussions infinitésimales. (Exemple : leur croissance et leur capacité de reproduction sont inhibées par des hormones). Si bien que les humains finissent par ne plus se souvenir de ce qu’ils étaient avant. Ils ont perdu leur identité et leur liberté. Une poignée de rebelles, lance une expédition secrète vers la Terre pour vérifier ce qu’il en reste.

John est choisi pour cette mission. Il est capitaine de l’Evangéline, un immense vaisseau bio-mécanique contrôlé par Tug, un Arthroplane enkysté à lui tel un organisme parasite. Son lieutenant, Connie, formatée par des années d’endoctrinement, va se montrer hostile face à cette mission. Les deux humains ignorent l’existence d’un troisième membre d’équipage, Rael, qui est en hibernation à son bord depuis 2000 ans. Il s’agit d’un des premiers évacués…

Pour son seul roman de SF, Megan Lindholm, alias Robin Hobb, nous livre un récit surprenant et réussi. Ceux qui auront lu le cycle des « aventuriers de la mer » se rendront compte que dans l’esprit de l’écrivain, la navigation maritime et stellaire sont très proches. Pour elle, ce qui prime avant tout, ce sont les motivations des voyageurs, leurs rêves lorsqu’ils sont plongés en hibernation et leurs espoirs quand ils se réveillent.

« Sillonner la mer des étoiles » avec elle est une expérience remarquable. Ses thématiques sont souvent différentes de ce qui est souvent abordé. Elle imagine les conséquences d’une écologie qui passerait avant l’intérêt de l’individu. La préservation de l’environnement, pratiquée à outrance et qui conditionnerait le développement physiologique de chacun, provoquerait l’aliénation des hommes.

Le récit est truffé d’autres idées, très intéressantes. Le vaisseau, l’Evanlégine, deviendra un personnage à part entière et même le héros principal. C’est un organisme vivant doté d’une intelligence naïve mais à la capacité d’apprentissage infini. Ses interactions avec ses passagers sont fascinantes et émouvantes. Comme les humains, les « anilvaisseaux » sont bridés par les Arthroplanes qui contrôlent leurs aspirations à l’aide d’hormones. Les œuvres littéraires des hommes ont été progressivement détruites pour qu’ils ne puissent plus commettre les mêmes erreurs écologiques. Tug considère ses passagers humains comme des sujets d’expérimentation, il peut même contrôler leurs rêves pendant leur « transommeil ».

Ce background très riche offre un terrain fertile à la réflexion mais peu propice à l’action.
Le thème de la recherche du paradis, plutôt éculé, est surpassé par le plaisir que l’on trouve à partager les émotions des personnages fouillés et tourmentées par leur passé.

Une chose est sûre : la plume de Robin Hobb est à double tranchant. Maître d’armes en Fantasy, elle nous prouve ici qu’elle peut aussi bien se défendre dans le domaine de la SF. Si elle poursuivait sur cette lancée, elle pourrait peut-être se démarquer des grands faiseurs d’univers…

Chronique de David Gibert

EditeurLe Livre de Poche
AuteurMegan Lindholm
Pages543
Prix6,95€

Nous en pensons ...

Notre avis

4.5

Une chose est sûre : la plume de Robin Hobb est à double tranchant. Maître d’armes en Fantasy, elle nous prouve ici qu’elle peut aussi bien se défendre dans le domaine de la SF.

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