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« Une Fille comme les autres » de Jack Ketchum

Une Fille comme les autres de Jack KetchumÀ quarante et un ans, David pourrait être un homme comblé, s’il ne portait en lui un lourd secret. Le poids de sombres souvenirs pèse sur lui et il ne peut s’empêcher de se remémorer ce jour de l’été 1958, à une époque où tout n’était encore pour lui que bonheur et innocence, lorsqu’il croisa la route de Meg Loughlin. Ce qui n’aurait pu être qu’une simple amourette d’adolescents se transforma bien vite en un véritable cauchemar pour David et en un infernal calvaire pour cette fille comme les autres.

Auteur de nombreuses nouvelles et d’une douzaine de romans, à commencer par Off Season (paru en 1981 chez Ballantine Books et à paraître chez Bragelonne début 2008), qui lui valut d’être qualifié d’auteur pornographique par certains critiques outre-Atlantique, Jack Ketchum n’a été que fort peu publié en France. Sa bibliographie française se limite pratiquement à deux nouvelles parues l’une dans l’anthologie Au Seuil des ténèbres (J’ai lu, 2002) et l’autre dans Ténèbres 2007 (Dreampress.com, 2007), un article dans ce même numéro de Ténèbres, sans oublier une fine analyse critique du roman Roadmaster pour Le Livre des livres de Stephen King (Dreampress.com, 2006). Juste retour des choses puisque Stephen King offre une très intéressante préface à Une Fille comme les autres, où il n’hésite pas à comparer Jack Ketchum au maître du roman noir qu’était Jim Thompson.

Dérangeant et terrifiant, Une Fille comme les autres est un roman qui n’appartient pourtant pas au genre fantastique, on n’y croise aucun vampire et pas le moindre loup-garou. Il ne peut pas non plus être qualifié de thriller, car il n’y a aucun suspense quant au triste sort qui attend Meg Loughlin. En fait, c’est un livre d’horreur, mais de cette horreur que l’on peut découvrir trop souvent à la une du journal, l’horreur des infanticides, des pervers pédophiles et de toutes ces violences inexcusables dans une société qui se veut civilisée. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard puisque, pour écrire l’histoire prenante et effrayante de Meg Loughlin, Jack Ketchum s’est inspiré d’un fait divers survenu en 1965 dans l’état d’Indiana. Sa fiction décrit ainsi, sans voyeurisme excessif, les derniers jours de cette jeune fille orpheline d’abord traitée comme une moins que rien, puis torturée et battue à mort par sa tante Ruth avec la complicité de la bande de gamins dont David fait partie. Et c’est ce dernier point qui donne un intérêt tout particulier au récit horrible de Jack Ketchum, car David est le narrateur de cette triste histoire et il se trouve dans la situation peu enviable de témoin des supplices atroces subis par Meg. Piégé par l’amitié qu’il porte à ses camarades de jeu et par le respect qu’il a pour Ruth, la seule adulte du quartier qui ne le traite pas comme un gamin, il devient, par son silence, pleinement complice de ce crime affreux. Garçon normal pris au milieu d’une situation totalement anormale, David est un personnage auquel tout le monde peut s’identifier, ce qui conduit tout naturellement n’importe quel lecteur à s’interroger sur ce qu’il aurait fait à la place de David. Et la réponse n’est peut-être pas aussi évidente qu’il n’y paraît.

D’une construction irréprochable, obligeant à s’interroger sur la nature humaine, Une Fille comme les autres est un livre qui mérite le détour, même s’il est à déconseiller aux âmes sensibles et doit être réservé à un public averti.

 

Chronique de Philippe ‘1495’ Paygnard

ÉditeurBragelonne
AuteurJack Ketchum
Pages 351
Prix20€

Nous en pensons ...

Notre avis

4.1

D’une construction irréprochable, obligeant à s’interroger sur la nature humaine, Une Fille comme les autres est un livre qui mérite le détour.

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Richard
"Ça mériterait un bon coup de pinceau" que j'ai eu la folie de dire. "Tiens voila les clés" fut leur réponse. Voila comment on se retrouve webmaster chez PdE...

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