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« Au nom du père » de de Pierre Bordage et « Au nom du fils » de Alain Grousset

Voici deux romans qui se déroulent dans un univers partagé, la planète Gigante, dix-huit mille fois plus grosse que la Terre. Comme les titres le laissent deviner, le roman pour adultes raconte l’histoire du fils, celui pour la jeunesse l’histoire du père.

Ce dernier, ethnologue sur la planète Azadée, a abandonné sa femme dont il ignorait la grossesse pour se lancer dans un voyage sans retour, un voyage de 40 ans (en cryogénisation) à destination de Gigante, sur les traces de mystérieux géants dont une expédition disparue plusieurs siècles auparavant aurait trouvé des ossements.

Mais les progrès techniques ont été tels après le départ de Koeb Merticant que son fils, devenu ethnolinguiste, mais élevé par sa mère dans la haine de son père, se rend sur Gigante dans le même but, et y parvient vingt ans TU avant lui. En réalité, il compte tuer son père lorsque ce dernier arrivera, un père qui physiologiquement sera plus jeune que lui… Et si Zaslo pouvait trouver les géants mythiques, cela détruirait symboliquement son géniteur.

Pourtant, à peine arrivé sur Gigante, il mesure l’immensité du monde auquel il affaire, un monde qui l’écrase, au propre comme au figuré, le prive d’énergie, d’intelligence et de volonté.

La planète est si vaste que de nombreux peuples sont devenus nomade le temps de rallier leur destination, atteinte – ou qui le sera – après plusieurs générations. C’est un monde où les voyages se font à sens unique et peuvent prendre toute une vie, sinon plusieurs. Un monde où, compte tenu des distances, des sociétés peuvent se développer en autarcie, avec leurs coutumes, leurs lois, leurs croyances, leurs langues… Sur Gigante, chaque journée et chaque nuit durent 30 jours TU. Et de nombreuses créatures aux proportions impressionnantes rivalisent dans le but d’occuper le sommet de la chaîne alimentaire. Néanmoins, le principal danger est électrique : des orages d’une rare violence et des boules de feu éclatent çà et là, ravageant tout sur leur passage.

Très vite, Zaslo rencontre Madilia, une tueuse native de ce monde qui lui sauve la vie alors qu’il se faisait dépouiller dans l’un des quartiers mal famés de Magniz, la capitale. Elle lui propose de l’accompagner dans sa quête des géants. Mais l’endroit où ils auraient été vus est si éloigné que l’aller-retour prendra plus de vingt ans, si bien que Zaslo craint de manquer l’arrivée de son père.

À moins que n’existe vraiment la mystérieuse Guilde des Voyageurs, que l’on prétend capables de voyager aussi vite que la lumière en chevauchant les éclairs de lumière qui jaillissent ça et là sur Gigante…

À la lecture de ce copieux planet opera de Pierre Bordage, on ne peut s’empêcher de songer à l’Omale de Laurent Genefort, la Majipoor de Robert Silverberg, mais surtout à certains romans de P. J. Farmer ou Jack Vance, notamment pour l’ambiance et le gigantisme. On y retrouve aussi la même jubilation à créer des sociétés originales, à imaginer le foisonnement d’une faune et d’une flore extraterrestres et de leur interaction avec les hommes, à reconstruire sur une même terre autant de mondes que pourrait en abriter l’espace… Mais ce roman est avant tout un parcours initiatique. Les contraintes, l’urgence, la nécessaire adaptation vont pousser Zaslo à se révéler à lui-même. Conçu comme un antihéros, le personnage principal évolue au gré des rencontres, de ses choix qui semblent souvent être des erreurs, mais lui apportent leur lot d’enseignements. Si le roman brasse intelligemment de nombreux thèmes, il est manifeste que c’est celui de l’amour qui importe le plus à l’auteur.

Avec le roman d’Alain Grousset, qu’il a écrit en parallèle, on découvre Koeb qui débarque à son tour sur Gigante, douze années TU après la fin du roman de Pierre Bordage… pour découvrir que son fils lui a volé tous ses rêves et y est célèbre au point d’avoir donné naissance à une religion !

On pourra regretter le manque d’ampleur et de complexité de ce second volume, d’autant que désormais la littérature pour la jeunesse rivalise parfois avec celle pour les adultes, tant par son ampleur que par sa richesse narrative. Mais on passe un bon moment et on retrouve avec plaisir des têtes connues, comme on en découvre de nouvelles !

À la fin de chaque volume, un court entretien mené par Jérôme Vincent nous en apprend un peu plus sur la collaboration entre les deux auteurs. Et, bonne nouvelle, la possibilité de retourner sur Gigante n’est pas à exclure !

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Nous en pensons ...

Notre avis

4.2

Au nom du père : Conçu comme un antihéros, le personnage principal évolue au gré des rencontres, de ses choix qui semblent souvent être des erreurs, mais lui apportent leur lot d’enseignements. Si le roman brasse intelligemment de nombreux thèmes, il est manifeste que c’est celui de l’amour qui importe le plus à l’auteur. Au nom du fils : On pourra regretter le manque d’ampleur et de complexité de ce second volume, d’autant que désormais la littérature pour la jeunesse rivalise parfois avec celle pour les adultes, tant par son ampleur que par sa richesse narrative. Mais on passe un bon moment et on retrouve avec plaisir des têtes connues, comme on en découvre de nouvelles !

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A propos de François

François
Infatigable, inaltérable, François est responsable des ateliers d’écriture du Club Présences d’Esprits depuis 1998. Ses relations privilégiées avec les auteurs lui permettent de parfaitement connaitre cet univers. Il a aussi commis et participé à quelques anthologies dont le Club n'est pas peu fier, et se retrouve régulièrement de l'autre côté avec quelques nouvelles publiées.

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