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« Les Amants Etrangers » de Philip José Farmer

amants_etrangers_farmerVoici une excellente réédition d’un roman de Farmer publié pour la première fois en 1961. Excellente parce que la collection est « grand format », sans échapper des mains. Excellente aussi et surtout parce que Les Amants Etrangers se découvre hélas être d’une flagrante actualité. Le spectre de l’intégrisme religieux, lié à un gouvernement totalitaire, avec ses cohortes d’interdits, de blasphèmes et de propagande n’a pas déserté le monde.

Nous suivons les pérégrinations de Hal Yarrow, Touchtou (touche à tout) dans un monde de spécialistes tellement spécialisés qu’ils ignorent tout des recherches voisines. Cette réelle Science-Fiction dans les années 60 est entrée de plein pied dans notre réalité.

Hal n’est pas un révolutionnaire, non, il est linguiste. Il connaît tous les rites à respecter et ne manque jamais de prier Sigmen le Précurseur. Pourtant, Hal a toujours eu mauvais esprit, et son AGI (Ange Gardien Intérimaire) n’a jamais cessé d’avoir du fil à retordre avec lui. Jusqu’à son mariage avec la charmante Mary qui ne tourne plus rond, si tant est qu’il ne l’ait jamais satisfait. Ce n’est pas l’acte sexuel, accompli dans le noir et tout habillé, qui risque de le conforter dans les bienfaits de l’enseignement du Précurseur.

Farmer nous dépeint, non sans échapper à son humour très anglais (pince sans rire), ce monde immonde. Comme dans \ »1984\ » de George Orwell, les humains n’ont pas la possibilité de penser. Chaque moment de leur vie est un ensemble de préceptes à suivre. Chaque moment vécu sans la vraie foi est susceptible d’être rapporté à l’AGI de secteur. Ce trait forcé de l’Amérique puritaine de la fin des années 50 (la nouvelle à l’origine du roman date de 1958) résonne sinistrement chez les mormons comme chez les Afghans et les Iraniens.

Pourtant, alors même que Hal Yarrow craint d’être allé trop loin dans ce qui, pour le lecteur, est bien loin d’être de la désobéissance, une chance extraordinaire s’offre à lui : entreprendre un voyage interstellaire à des conditions auxquelles il n’osait même pas rêver. Enfin, presque, Farmer s’attache à veiller à garder sa malice, et n’oublie pas de faire un cadeau angélique à son personnage.
Parvenu sur cette planète lointaine, Hal redécouvre, au contact des indigènes de Ozegain, ce que son humanité a perdu depuis si longtemps : l’Amour.

Le côté sulfureux qu’a pu connaître cette histoire à sa première publication s’en est allé dans les méandres du temps. Il ne faut cependant pas craindre d’y goûter. Les thèmes abordés sont nombreux. Si le sexe et surtout la liberté d’en parler avaient pu attirer nos aînés, la tolérance, l’acceptation de la différence, des différences, servent de fondement à ce roman. Et avec ces bon sentiments, Philip José Farmer nous a concocté de la bonne littérature !

Chronique de Vincent Delrue

EditeurTerre de Brume
AuteurPhilip José Farmer
CollectionPoussières d’Etoiles
Pages190
Prix17€

Nous en pensons ...

Notre avis

4.2

Si le sexe et surtout la liberté d’en parler avaient pu attirer nos aînés, la tolérance, l’acceptation de la différence, des différences, servent de fondement à ce roman. Et avec ces bon sentiments, Philip José Farmer nous a concocté de la bonne littérature !

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