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« Le Patrouilleur du Temps » de Poul Anderson

Trois courts romans composent ce deuxième volume : D’ivoire, de singes et de paons ; Le Chagrin d’Odin le Goth ; La Mort et le Chevalier.

La Patrouille du Temps est une organisation chargée de s’opposer à toute modification du passé, elle veille plus particulièrement à protéger ainsi ses créateurs, les Danelliens. Cet objectif n’est pas aussi aisé qu’il y paraît et l’auteur en fait souvent la démonstration, parfois jusqu’à l’absurde ce qui ajoute à ses récits une touche de fantastique inattendu.

Poul Anderson imagine bien les difficultés conceptuelles d’intervention dans le passé avec les éventualités de phénomènes en boucles susceptibles de faire disparaître l’univers. Cependant, dans ces romans, Anderson ne donne pas l’impression de croire véritablement à un type d’intervention de ce genre ; son refus de la religion, du paganisme ou de toute autre croyance n’augure guère une modification du destin par une intervention extra temporelle. Malgré tout, ses scénarios sont suffisamment élaborés pour nous présenter de plausibles voyages temporels. N’entamons pas le débat et observons le patrouilleur du temps, Manse Everard, supposé vivre au vingtième siècle et se projeter dans des époques antérieures pour pallier les dérives des événements.

Les récits d’Anderson se déroulent souvent comme des contes, le narrateur expliquant et développant les événements autant vers le passé que vers l’avenir. Parfois le fil d’une réflexion s’échappe d’un personnage et s’élève vers le conteur qui devient l’initiateur et le maître du récit en déployant les événements sur des bases historiques ou mythologiques puissantes. Tout cela ne manque pas d’attrait si l’on prend soin de garder en mémoire les actions en cours.

Dans le premier roman, Manse débarque dans la cité de Tyr 950 ans avant Jésus-Christ. La Patrouille du Temps est soumise à un chantage et c’est en ce lieu que ses analystes placent la menace d’une bande de truands qui peut bloquer l’apparition du judaïsme en détruisant la ville. Dès les premières pages, l’auteur nous immerge dans un récit historico-descriptif dont le luxe de détails montre qu’il est féru d’archéologie; a contrario, les événements qui animent le roman semblent parfois sortir d’un conte assez désuet. Sa rencontre et sa relation avec Pummairam, un jeune homme avec lequel il se lie d’amitié et qui va lui rendre, avec les femmes qui suivront, d’immenses services, tiennent du prodige ou du merveilleux. Manse Everard remplira sa tache, non sans sacrifier à l’autel de Vénus ce qui pimentera le récit.

Le deuxième roman est plus complexe, autant dans les événements qui l’animent que dans les concepts qu’il déploie. Dans son ouvrage « Agent de l’Empire Terrien ©1965 », Poul Anderson déclarait « je suis né aux U.S.A. de parents scandinaves ». Le Chagrin d’Odin le Goth, presque également sous forme de conte, utilise pleinement la mythologie scandinave poussée presque à son paroxysme dans l’acception d’une pleine horreur. Les batailles des Goths entre eux, entre les Huns et les Goths, entre les familles, valent le déplacement. L’atrocité finale du roi Ermanaric tient de la bête. Difficile de suivre dans un concept latin, encore moins romantique ! On retrouve ici l’anomalie temporelle consistant à placer quelques scènes finales en tête et c’est au bout du roman que le lecteur comprend avantageusement tout le drame qui s’y noue et qui ne se termine pas comme on pourrait le deviner.

Carl Farness, patrouilleur du temps, vit à New York dans les années trente, il est marié depuis longtemps à une femme qu’il adore, Laurie. Tout irait pour le mieux, mais il aime les Goths et est attiré par leur histoire, particulièrement par les deux légendes des Nibelungen (\ »ceux du monde d’en bas\ »). Il obtient d’Everard l’autorisation de pénétrer dans leur période temporelle et d’étudier leurs mœurs. Il faut comprendre que dans les paradoxes temporels que manie Anderson, une absence de Carl de dix minutes chez Laurie peut correspondre à dix années de présences chez les Goths, et dix années, c’est bien long. Carl, le Vagabond chez les Goths, tombe amoureux de la jolie fille de Winnithar, Jorith. Il sauve son clan par ses pouvoirs spéciaux et l’épouse. En trois pages, Jorith meurt en couches et donne un enfant au Patrouilleur ! La catastrophe est en marche et Carl sera tenu de rectifier le cours des événements en passant par un long chemin de croix. Il sauvera sa descendance d’une manière peu orthodoxe chez les Goths.

Dans ce roman, suivant Anderson, les légendes seraient nées à partir d’interventions de Patrouilleurs, ou autres individus identifiés en dieux ou héros aux moments de leurs interventions. Leurs extraordinaires moyens produiraient les phénomènes fantastiques qui généralement les accompagnent, des miracles, en quelque sorte.

Le troisième roman est plutôt une courte nouvelle, il se déroule au temps des Templiers.

Depuis dix ans le Patrouilleur Marlow s’est introduit dans l’Ordre du Temple pour s’informer sur ses pratiques. Malheureusement pour lui Philippe le Bel en décide l’élimination. Marlow y a un ami ; plus qu’un ami, un amant qu’il prévient trois jours avant les arrestations, brisant ainsi le serment d’un Patrouilleur et provoquant une distorsion temporelle. Everard interviendra vigoureusement pour ramener Marlow dans le monde de la Patrouille accompagné de quelques précisions sur le déroulement de l’histoire. Anderson, comme beaucoup d’auteurs en Science-Fiction et imaginaire, n’a pas de préjugé sur les mœurs.

Ces courts romans, beaucoup plus élaborés qu’il n’y paraît, sont des ouvrages de Science-Fiction historico-descriptifs réussis, parfois au détriment de l’action en cours. Comment reprocher à un écrivain d’utiliser autant l’histoire et les légendes lorsqu’il les emploie à si bon escient. C’est la marque d’un grand auteur.

 

Chronique de Gérard ‘1465’ Bouyer

ÉditeurLe Livre de poche
AuteurPoul Anderson
Pages /
Prix6,95€

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Notre avis

4.3

Ces courts romans, beaucoup plus élaborés qu’il n’y paraît, sont des ouvrages de Science-Fiction historico-descriptifs réussis

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Richard
"Ça mériterait un bon coup de pinceau" que j'ai eu la folie de dire. "Tiens voila les clés" fut leur réponse. Voila comment on se retrouve webmaster chez PdE...

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