« L’amour, la mort et le reste » de Bruno Pochesci

Quoi de mieux pour se familiariser avec un nouvelliste que de lire l’anthologie qui lui est consacrée ? Elle permet de découvrir les multiples facettes de son art et en particulier son style : une langue travaillée, tordue parfois, crue souvent, pleine de drôlerie, de saillies et de tendresse.

Et de plonger dans une imagination débridée, chaotique et cohérente, qui embarque les lecteurs dans son univers et n’oublie pas de parler de notre société, de ses travers, de ses erreurs et des lendemains déchantants qui nous attendent. Dans ce recueil, l’auteur propose de la nouvelle humoristique : Ceci n’est pas un paparazzi, où le détournement flagrant de quelque célébrité bien connue contribue au plaisir de lecture, ou encore Oh oui… qui narre les (més)aventures d’un intérimaire un peu particulier en quête d’une mission.

Sans oublier Farce occulte, drôle et cinglant (voire féroce), où une prostituée qui œuvre parfois comme voyante rencontre son étrange voisin, haïtien et pratiquant un peu le vaudou. Gare à leurs ennemis ! Ou bien le sauvage et désopilant Zombie Walk, où un tueur en série profite chaque année du défilé pour assouvir ses instincts meurtriers, jusqu’à ce jour où il tombe sur un os…

Mais il produit aussi des textes empreints d’émotion et de sensibilité : Une vie ne suffit pas aborde avec pudeur la persistance des liens familiaux par delà la mort, et Quelque chose d’un ange est une très courte nouvelle, bouleversante de tendresse où un homme échange avec son épouse tant aimée.

Il illustre également des thèmes politiques, avec toujours cette originalité qui le caractérise : Dehors il neige est un récit post-apo, dans un Paris ravagé par une catastrophe nucléaire, à la tonalité très âpre. Dosta ! évoque les effets inattendus sur un vampire de l’accident de Tchernobyl, tout en s’intéressant au sort des Roms et aux préjugés dont ils font l’objet dans notre société. Humour grinçant garanti !

Je me dois enfin de parler de Jusqu’à tout recommencer (écrite à quatre mains avec Jean-Pierre Andrevon) : variation sur le mythe du Juif Errant et réquisitoire contre la folie meurtrière des hommes, ce texte, assez long, captive de bout en bout, de la Palestine préchrétienne au camp d’Auschwitz-Birkenau et jusqu’à un État d’Israël encore plus militarisé en 2048. Très intense et plein d’émotion, on y retrouve des thèmes chers aux deux auteurs.

Aussi à l’aise dans l’humour que dans la tendresse, dans la nouvelle pochade que dans le récit politique, Bruno Pochesci saupoudre son œuvre de sexe et de dérision, et L’amour, la mort et le reste est une parfaite manière de plonger dans son univers qui, qu’on l’aime ou qu’on le déteste, ne laisse personne indifférent !

Chronique de Sylvie ‘822’ Gagnère

Nous en pensons

Notre avis

4.4

Aussi à l’aise dans l’humour que dans la tendresse, dans la nouvelle pochade que dans le récit politique, Bruno Pochesci saupoudre son œuvre de sexe et de dérision, et L’amour, la mort et le reste est une parfaite manière de plonger dans son univers qui, qu’on l’aime ou qu’on le déteste, ne laisse personne indifférent !

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A propos de Christian

Christian
L'homme dans la cale, le grand coordinateur, l'homme de l'ombre, le chef d'orchestre, l'inébranlable, l'infatigable, le pilier. Tant d'adjectifs qui se bousculent pour esquisser le portrait de celui dont on retrouve la patte partout au Club. Accessoirement, le maître incontesté du barbecue d'agneau :)

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