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« La Guerre des Familles : les Princes Marchands – 4 » de Charles Stross

JE DÉTESTE !

1er point de vue sur La Guerre des familles

Finagle nous préserve de ce genre d’épisodes qui vont d’un « cliffhanger » au suivant en aggravant la complexité de la situation et sans apporter le moindre début d’explication complémentaire. J’espère que les derniers volumes (puisque le cycle s’achève provisoirement au tome 6) reprendront l’évolution progressive d’une telle série et amèneront une conclusion. Parce que là, après avoir essayé de comprendre les triples jeux des amis et parents de Myriam-Helge, les recherches et découvertes surprenantes d’un de ses cousins, et l’aggravation d’une situation que le tome 3 avait déjà menée au point de rupture, le lecteur repose le livre en ne sachant pas comment l’auteur va pouvoir améliorer, ne serait-ce que localement dans l’un des trois mondes habités, une situation qui a dégénéré en guerres totales contre le Clan dans deux d’entre eux et est sur le point de provoquer une guerre mondiale dans le troisième. Il reste sur sa faim, son impatience intacte sinon aiguisée.

Quant aux projets de Miriam visant à gérer une transition vers un progrès raisonné dans le monde du Clan et celui de Nouvelle Bretagne, l’espoir que cela devienne possible est pour le moins ténu à la fin du volume. Il est dommage que ce genre de réflexions, qui faisaient l’intérêt des volumes précédents, soient totalement cachées par l’excès de scènes de combats, de combines et de trahisons : ce volume porte exclusivement sur l’action et la stratégie, au détriment de la réflexion sur les sociétés et leur influence éventuelle les unes sur les autres, qui constituait la base des volumes précédents.

Enfin, comme on dit dans tous les feuilletons (même les bons) : à suivre…

Chronique de Georges Bormand

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J’ADORE !

 2ème point de vue sur La Guerre des familles

La bonne nouvelle, c’est qu’il y aura un cinquième tome (et même au moins un sixième, si j’en crois wiki), la mauvaise nouvelle c’est que la pauvre Miriam, enceinte, coincée dans le troisième monde, n’est pas au bout de ses peines.

Résumons l’histoire…

Miriam, divorcée, journaliste scientifique à Boston (Massachusetts), ayant perdu une fille, sans amant régulier, découvre suite à une manipulation de sa mère qu’elle fait partie du Clan, une famille ayant le pouvoir héréditaire de passer entre deux mondes en regardant un dessin. Celui de la grande Amérique – le nôtre – , et un monde médiéval. Comme les journalistes scientifiques bostoniens manient assez bien le Glock, qu’elle n’a pas froid aux yeux, et qu’elle est la seule héritière d’une des plus puissantes familles du Clan, elle se tire des divers pièges qui l’attendent. Mais pas son nouvel amant.

Pas vraiment d’accord avec les sources premières de l’immense richesse du Clan (il transporte la drogue de Colombie aux US en passant par le monde médiéval, il vend dans le monde médiéval des engins divers achetés ici, etc.), elle se heurte aux différents courants qui traversent le Clan.

Miriam a la surprise de découvrir un troisième monde, une terre victorienne. Elle décide d’y essayer ses idées, rejetées comme trop révolutionnaires par le Clan, et d’y vendre de la technologie et des méthodes, à la fois pour y gagner de quoi vivre et pour faire évoluer la dictature de ce monde numéro trois. Bien sûr, elle se heurte à de nombreuses oppositions, à une guerre entre clans du Clan, à des cousins oubliés, à la révolte d’un homme de la nomenklatura qui livre au FBI le secret du transport de drogue et qui, pour garantir sa sécurité pose une bombe H avec minuteur dans le centre de Boston. Pour arranger le tout, excédé par les initiatives de Miriam, le patron du Clan (qui se trouve être son oncle) décide de la marier à l’héritier imbécile du trône du monde médiéval, afin d’unifier le pouvoir économique et militaire (le Clan) et le pouvoir politique (les aristocrates) en fournissant un dauphin capable de franchir les mondes. Car Miriam a été implantée sans qu’elle le sache d’un futur roi avec toutes les qualités génétiques requises.

Miriam est tout de suite débarrassée de son futur époux par un coup d’État du jeune frère (surnommé « le pervers ») qui fait sauter la noce, liquidant d’un coup un nombre significatif de personnages. Et cela juste au moment où le FBI a réussi à faire passer à Miriam (par un de ses anciens amants, opportunément flic au FBI, transporté d’un monde à l’autre sur le dos d’un membre du Clan prisonnier) un message de volonté de paix, si le trafic de drogue cesse.

Le tome 4 commence là. Miriam se sauve dans le monde trois (victorien et dictatorial) où elle est sans ressource, ses activités de vendeuse de technologie ayant attiré l’attention du pouvoir, qui a mis fin à ce commerce et la recherche activement. Elle ne peut quitter ce troisième monde, d’abord parce qu’elle a perdu le dessin permettant le passage entre mondes, ensuite parce que, sa grossesse suivant son cours, elle ne peut plus passer entre eux. Enfin, ses faibles secours sont des révolutionnaires démocrates, traqués par le pouvoir local.

Ailleurs, la vie suit son cours. Sur le monde deux, le prince au pouvoir poursuit de ses armées le Clan et ses diverses forteresses. Sur le monde un, le FBI traque aussi le Clan, il suit toutes les pistes pour retrouver la bombe atomique piégée, le renégat ayant emporté ad patres son secret avec lui ; les laboratoires de recherche trouvent une explication scientifique à la capacité de sauter entre les mondes ; trois ados découvrent un quatrième monde… Bref, il y a de quoi meubler quelques tomes à venir.

Que dire ? Quand on a commencé la lecture, on ne la lâche plus.

Le roman est haletant, sans temps mort, les histoires sont racontées en parallèle par courts épisodes d’une dizaine de pages, entrelardés de relevés d’écoutes téléphoniques, d’extraits de mémorandums divers ; l’histoire de Miriam proprement dite occupe moins de la moitié du texte, le reste étant consacré à divers autres protagonistes menant dans leur monde (ou entre eux) leurs propres intrigues. Les psychologies ne sont pas sommaires et en particulier Miriam est une plus très jeune femme très attachante et très charnelle, elle est dégoûtée, elle est malade, elle aime, elle a peur, elle ne tue que très rarement.

Le livre est infecté d’un humour très britannique et particulièrement froid ; il faut sans doute aimer ça pour apprécier vraiment ce roman.

On trouvera aussi des réflexions rapides et la plupart du temps implicites sur la vraie nature d’une dictature ou sur la façon de penser féodale, même si le jeune baron a passé quelques années à Harvard et y a acquis un MBA. Il ne s’agit pas là d’une sauce pour faire passer le reste, mais c’est plutôt l’inverse, les courses poursuites haletantes et les suspens éprouvants sont plutôt là pour masquer, à qui ne veut lire, ces intéressantes réflexions.

Bien sûr, on peut regretter le souffle réellement SF de Palimpseste ou l’humour décapant du Bureau des atrocités, mais, bon, Stross est vraiment un véritable nouveau grand de notre genre et ces « chroniques » montrent sa virtuosité.

Chronique de Jean-Jacques Viala

ÉditeurRobert Laffont
CollectionAilleurs & Demain
AuteurCharles Stross
Pages381
Prix22 €

A propos de Mourad

Mourad
Participe au comité de lecture d'AOC (qui a dit pas régulièrement ?) et donne des coups de main sur le site ou sur tout un tas d'autres sujets (qui a dit c'est trop vague ?).

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