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« Flashback » de Dan Simmons

flashback-dan-simmons2035, le monde a connu une mutation politique majeure : le Japon est redevenu féodal, le Califat Global contrôle le Moyen-Orient et l’Europe, Israël a été détruit par un holocauste nucléaire et les juifs rescapés sont parqués dans des camps, les Hispaniques contrôlent le Nouveau-Mexique et la Californie. Quant aux États-Unis, ils se sont effondrés ; le chaos économique est total, la violence omniprésente. La population s’adonne sans retenue à une nouvelle drogue, le flashback, qui permet de revivre parfaitement des moments choisis de son existence. Des gangs violent et tuent dans l’unique but de se repasser en boucle leurs méfaits et de revivre ainsi l’extase du passage à l’acte.

Nick Bottom est un ancien flic, devenu accro à cette drogue depuis l’accident qui a coûté la vie à sa femme. Reconverti en privé minable, il survit d’une dose à l’autre lorsqu’il est chargé par le multimilliardaire japonais Nakamura de résoudre le meurtre de son fils unique, Keiro, survenu six ans auparavant. Nick avait travaillé comme inspecteur sur ce meurtre, resté un mystère. Ce contrat va plonger Nick au cœur des arcanes du pouvoir et l’entraîner dans un thriller impétueux, où l’assassinat de Keiro se révèlera un rouage d’une plus vaste conspiration.

Je fais partie de ces – nombreux – lecteurs qui ont lu (et apprécié) Hypérion et L’Échiquier du Mal…). Je me suis donc plongée avec plaisir dans ce thriller dystopique du même auteur. Bien sûr, j’avais entendu parler des opinions politiques du monsieur, et de la querelle qui l’avait opposé assez récemment à son traducteur « officiel », Jean-Daniel Brèque 1, mais jusqu’à présent, je n’ai guère prêté attention aux opinions religieuses, politiques, etc. des auteurs que je lis, pas plus que je ne m’intéresse à leur vie privée.

Dan Simmons sait créer des personnages, planter un décor, raconter une histoire, tous ceux qui l’ont lu le reconnaissent. Toutefois, là où le bât blesse dans Flashback, ce sont les pages entières de diatribes contre Obama et sa politique sociale, contre les écologistes et leurs mensonges sur le réchauffement climatique, contre les musulmans dangereux et violents, les Européens et les Canadiens lâches, et sur le rôle que l’Amérique doit retrouver dans le monde, la valeur de l’ultra-libéralisme, l’idéalisation des années 50/60 et de la grandeur de l’Amérique, et j’en passe… Le lecteur ressent alors un malaise grandissant devant les attaques grossières de l’auteur. Un exemple ?

« Une des caractéristiques évidentes de l’expansion du Califat Global au cours des 25 dernière années était bien son indifférence et son manque total de respect pour la langue, la culture, les lois et l’infrastructure des pays envahis – à part l’exploitation sans vergogne des aides sociales prodiguées par des États-providence tels que le Canada ou les nations européennes. Le Califat apportait avec lui son propre langage, sa culture, ses lois et son infrastructure religieuse. Et une grande partie de cette infrastructure venait tout droit du Moyen-âge : tribus, clans, crimes d’honneur, interprétation littérale et meurtrière de la religion, et une intolérance d’un niveau que le christianisme et le judaïsme ne pratiquaient plus depuis au moins six cent ans. Et la clef de voûte de l’infrastructure islamique en expansion […] était la charia ».

De toute façon, nous assène Simmons, « malgré le refus obstiné de l’Amérique de le reconnaître, l’Islam a toujours été une religion violente et barbare. »

Son interprétation du discours du Caire d’Obama est, elle aussi, édifiante :

« Il y a une vingtaine d’années, reprit Nakamura, avec un groupe de mes amis industriels, j’ai regardé votre jeune nouveau Président prononcer un discours au Caire dans lequel il flattait le monde islamique – un bloc de nations qui n’avaient pas encore fusionné pour former le Califat Global d’aujourd’hui – et en faisait l’éloge à travers une distorsion historique évidente de la grandeur que ces pays s’imaginent posséder. Ce Président a amorcé un processus de réécriture complète aussi bien de l’histoire que de la réalité contemporaine, visant à s’attirer l’amitié des islamistes radicaux en les couvrant de louanges. ».

 Si vous ne savez pas à quoi vous en tenir concernant la droite populiste américaine, lisez Flashback, vous aurez un bon condensé des idées racistes, intolérantes, capitalistes à outrance et réactionnaires qui sont leur fonds de commerce.

Encore une fois, si Dan Simmons avait utilisé ses idées pour construire une histoire, rien à dire, à condition d’y mettre un peu de subtilité et de respect d’autrui. Là, c’en est tellement caricatural que cela en devient risible. Flashback nous décrit un effondrement incroyable du monde que nous connaissons, des changements majeurs en à peine trente ans, qui ne sont ni expliqués, ni justifiés, Simmons se contentant de dérouler ses harangues en toile de fond de son roman, voire parfois à la place de son roman – les dites harangues s’étalant régulièrement sur plusieurs pages. On se retrouve avec un condensé de xénophobie, d’anti-islamisme primaire, de critiques grossières aux relents nauséabonds, et – le comble pour ce type d’ouvrages – avec un thriller qui s’accorde des pauses pour distiller les idées politiques de son auteur.

Je suis ressortie de cette lecture avec l’impression que ce livre n’est pour Simmons qu’un prétexte pour exposer ses idées politiques et exprimer ses frustrations, au mépris de l’écriture, de l’histoire et finalement du lecteur.

ÉditeurRobert Laffont
CollectionAilleurs & Demain
AuteurDan Simmons
Pages528
Prix22,50 €

 

Nous en pensons ...

Notre avis

1.0

Je suis ressortie de cette lecture avec l’impression que ce livre n’est pour Simmons qu’un prétexte pour exposer ses idées politiques et exprimer ses frustrations, au mépris de l’écriture, de l’histoire et finalement du lecteur.

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A propos de Syl

Syl
Fervente adepte des cultures de l'imaginaire (et des autres), curieuse de tout (et du reste), boulimique du verbe (qui a dit, mais pas que ?), enfin et accessoirement présidente du concours Visions du Futur (pots de vin acceptés).

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