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« La Danse des étoiles » de Spider et Jeanne Robinson

Si l’on s’en tient à la date de l’édition française, on s’étonne du monde censé futur dans lequel nous plongent les romanciers : notre Terre archi-polluée, couche atmosphérique réduite à l’état d’une « pelure », mais dotée d’une technologie assez avancée pour avoir sérieusement commencé la conquête spatiale. Et de l’autre côté, pas de moyen plus perfectionné que des « bandes » qui s’usent à l’usage pour les enregistrements, pas de réseaux sociaux ni de variante perfectionnée de nos joujoux électroniques, ni de « réalité augmentée » ! Plus des dates situées toutes dans la dernière décennie du vingtième siècle, et des tensions entre USA et URSS d’avant la perestroïka. Un passé parallèle ? La triple date de première parution (1977, 1978, 1979) nous détrompe et nous fait comprendre l’apparente incohérence du côté SF, mais aussi pourquoi les prix Hugo, Nebula et Locus ont été attribués dans la catégorie novella. ActuSF a réuni en un seul volume trois romans courts qui constituaient une suite : La Danse des étoiles, Les Danseurs des étoiles, La Semence des étoiles. Ce qu’avait fait sans doute Calmann-Lévy en 1979, pour la première édition française.

Bien que parfaitement cohérents entre eux, les trois romans n’ont pourtant pas la même puissance. Le premier nous change agréablement des poncifs du genre en faisant de la danse et de la chorégraphie l’enjeu principal du récit. Évidemment, on s’étonne moins en apprenant que Jeanne Robinson est danseuse et chorégraphe, comme ses personnages. Une fille magnifique, Shara, de type « Sophia Loren » est, malheureusement pour elle, une danseuse de génie qui n’envisage pas la vie hors de la pratique de son art. Or ce physique l’empêche de pratiquer la danse moderne, surtout dans une compagnie. Sa sœur, Norrey, danseuse et chorégraphe, demande l’aide de Charlie Armstead, génial opérateur vidéo et danseur de talent dont une blessure à la hanche a brisé la carrière. Comment permettre à Shara de danser ? Il se dévoue à cette cause, mais tous les projets échouent jusqu’à ce que Shara ait l’idée de danser en apesanteur. Mais pour cela, il faut l’espace, et faire un pacte avec le diable, c’est-à-dire l’argent, pour investir une station spatiale. Et c’est là que le récit devient épique, car se manifestent des extraterrestres, avec qui on ne trouve aucun moyen de communiquer, sauf peut-être…

Telle est l’intrigue du premier roman, qui tient un parfait équilibre entre psychologie, réflexion, action, et description. Le deuxième, nettement plus « space op » nous montre la création d’une compagnie de danse spécifiquement destinée à l’espace. Bien qu’on se soit attaché aux personnages de Charlie et de Norrey, bien que les membres de la compagnie soient eux aussi très attachants, les enjeux du récit apparaissent moins nets, et les détails techniques un peu envahissants, malgré de belles scènes spatiales où se mêlent l’amour et le danger. Heureusement, dans le dernier chapitre réapparaissent les extraterrestres, et dans le troisième opus nos personnages se retrouvent, dans l’époustouflant décor des anneaux de Saturne, en avant-garde de toute l’humanité, investis d’une énorme responsabilité, risquant plus que leur vie et confrontés à une révélation si bouleversante qu’elle les fera hurler. Comme des bébés qui à la naissance abandonnent pour toujours leur nature aquatique pour devenir mammifères terrestres. Car le drame des individus, et surtout de cette petite phalange, est étroitement lié à celui de l’espèce. C’est le message essentiel de l’œuvre. On le perçoit même si on est profane en matière de culture scientifique et béotien en matière de chorégraphie. Pas pour rien que les remerciements des auteurs s’adressent entre autres à un docteur en philosophie !

C’est donc de la grande science-fiction, à la fois distrayante et réflexive, et tout simplement, de la vraie littérature, n’en déplaise à tous les contempteurs du genre !

La Danse des étoiles
Spider et Jeanne Robinson
Trad. Mélissa Manchette
Éditions ActuSF – 2015
368 pages – 18 euros

Nous en pensons...

Notre avis

C’est donc de la grande science-fiction, à la fois distrayante et réflexive, et tout simplement, de la vraie littérature, n’en déplaise à tous les contempteurs du genre !

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Marthe Machorowski

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