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« Âmes de Verre » de Anthelme Hauchecorne

ames-de-verreNous sommes à Lille, mais, dans ce Lille, les Daedelos rôdent, sous les regards inconscients des dormeurs. Heureusement (ou pas), les éveillés sont prêts à empêcher les monstres d’envahir la ville à la recherche d’âmes à briser. Rien de bien nouveau sous le soleil, me direz-vous : l’idée d’un peuple de l’ombre nichant sous nos pieds est un grand classique ! Oui, mais là, l’auteur revisite le mythe pour mieux lui tordre le cou. Imprégnés de mythologie celte, le croquemitaine, le marchand de sable et les autres en prennent un sacré coup !

Anthelme Hauchecorne nous embarque dans un foisonnant roman d’Urban Fantasy, plein de rebondissements où les méchants ne sont peut-être pas ceux que l’on croie et les gentils pas si gentils que ça ! La grande force du livre réside dans la diversité des points de vue adoptés, entre autres celui de Camille, une jeune éveillée qui intègre la Vigie, l’organisation qui lutte contre les Streums (l’autre nom des Daedelos) et celui de Vincent, un jeune enseignant dont la famille a été massacrée. Interpellé par l’auteur, le lecteur plonge au cœur de l’intrigue, entrecoupée des extraits du Codex, manuel de survie à l’usage des combattants, mais également histoire qui explique les antagonismes entre les colombes et les chasseurs, lesquels s’affrontent au sein de la Vigie, tant sur les méthodes à employer que sur la finalité même de la guerre. Pas de manichéisme dans l’ouvrage, on suit des personnages écorchés, doutant d’eux-mêmes et des autres, pris au piège d’un univers parfois délirant, où le quotidien se heurte au magique en une farce macabre et glauque. L’écriture, très visuelle et très travaillée, porte la marque d’une grande maîtrise, s’adaptant au narrateur, rythmant nerveusement les combats, tandis qu’elle se fait lyrique dans les descriptions, tant de la ville de Lille et ses quartiers les plus sordides, que de l’En-Deçà, le monde d’en-dessous.

Nous voici entraînés dans un univers totalement cohérent, que l’imagination fertile de l’auteur peuple de nos cauchemars d’enfants, avec son lot de démons et de batailles. Ça saigne, ça s’étripe, ça meurt, ça pleure et ça s’aime dans ce bouquin-là. Et puis ça parle de la société, de ses méfaits, de sa dureté et de l’égoïsme des humains, de leur âpreté au gain, mais aussi de l’art – en particulier la musique, omniprésente. D’ailleurs, l’auteur fait dire à l’un de ses personnages : « L’art sauve. L’art tue. L’art est une porte sur d’autres mondes. L’art reste la seule magie à portée des Hommes. En cette matière, votre race compte des virtuoses que vous envient les autres peuples… ».

Un dernier mot enfin pour saluer le remarquable travail de présentation et d’illustration du roman : la couverture est magnifique et les enluminures qui agrémentent le texte parfaitement à leur place pour offrir, en sus, un bel objet. N’oublions pas de souligner que l’auteur reverse tous les droits de cet ouvrage à une association, la Barbet-Biedl Syndrome 1.

Et un regret : devoir attendre avec impatience le tome 2, prévu pour fin 2014 – début 2015 !

macaron_pde80

Note :

  1. http://www.bardet-biedl.com/cgi-bin/index.php

Nous en pensons ...

Notre avis

4.2

Nous voici entraînés dans un univers totalement cohérent, que l’imagination fertile de l’auteur peuple de nos cauchemars d’enfants, avec son lot de démons et de batailles. Ça saigne, ça s’étripe, ça meurt, ça pleure et ça s’aime dans ce bouquin-là.

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A propos de Syl

Syl
Fervente adepte des cultures de l'imaginaire (et des autres), curieuse de tout (et du reste), boulimique du verbe (qui a dit, mais pas que ?), enfin et accessoirement présidente du concours Visions du Futur (pots de vin acceptés).

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